Le temps vient de commencer à tirer les conclusions du grand débat...

Et l’on va enfin savoir si ce processus n’était qu’une stratégie pour se sortir de la nasse des Gilets jaunes ou s’il s’agit d’une procédure sincère pour régénérer la démocratie! Les conclusions  tirées ce week-end par LREM sont pour l’instant anecdotiques… Il faut attendre celles du gouvernement. Et même s’il s’avérait que les propositions qui émergeront (après les conférences citoyennes nationales et régionales) reflètent les aspirations des centaines de milliers de Français qui ont débattu... pourquoi seraient-elles plus légitimes que les idées d’une majorité élue ? Il y a le risque d’un conflit de légitimité que seul le président peut éviter. Rendre compatible le résultat du grand débat et le macronisme, sans donner le sentiment de triturer la volonté des Français, voilà le défi, complexe mais indispensable ! La voie référendaire est une idée. Sauf que (c’est la Constitution) les questions économiques et fiscales (cœur de la colère populaire) ne peuvent être traitées par référendum. Tout repose donc sur l’entregent politique du président, son rapport aux Français, lors de la traduction des résultats du grand débat en projets de loi.

Je vous sens dubitatif...

C’est-à-dire qu’au ton d’Emmanuel Macron, lors de ses interventions fleuves, face aux élus locaux, aux citoyens, on est en droit de l’être ! Sa fameuse phrase, dans la Drome, ‘la vraie réforme elle vient avec la contrainte, les enfants !’ Cet accent paternaliste, ce surplomb dit ce que pense le président de la sagesse populaire. Or la République s’est construite contre le paternalisme et l’infantilisation du peuple. Le grand débat devait (et doit toujours) nous sortir de ce non dialogue entre d’un côté les Gilets jaunes, incapables de porter des revendications construites, et de l’autre un président qui, en dépit du ton moderniste de sa campagne, gouverne en omnipotent. Sortir de ce face à face autobloquant entre la colère brute et l’arrogance, voilà l’enjeu. Rien n’est perdu... mais déjà la leçon que les Gilets jaunes et Emmanuel Macron peuvent tirer de leur affrontement, c’est la nécessité des corps intermédiaires qu’ils récusaient de concert. Les gilets jaunes, incapables de s’élire le moindre représentant, de définir ce qu’ils sont (sinon par le concept usurpateur de peuple) ont besoin des partis, des syndicats, d’élus locaux pour raffiner leur colère, la rendre praticable. Et le président, inefficace dans sa verticalité (les résultats ne sont pas là), s’aperçoit que la démocratie, ce n’est pas que le jour des élections, ce n’est pas un blanc-seing, mais c’est tous les jours... et partout, surtout dans un monde ouvert et connecté, pour lequel, d’ailleurs, il répète qu’il faut que l’on s’adapte. Pour la pratiquer quotidiennement et efficacement, il faut des partis, des syndicats, des élus locaux. C’est dans les semaines qui viennent que nous saurons si le macronisme est plus qu’un simple dégagisme, s’il peut être le ferment d’une nouvelle démocratie, d’une République moderne, pour reprendre le titre d’un livre important de celui qui, croyait-on, était l’un des inspirateurs d’Emmanuel Macron : Pierre Mendes-France. Donc, oui... dubitatif.

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