Au moment où Nicolas Sarkozy préside les cérémonies du 11 novembre, le gouvernement entame une réflexion sur l'augmentation des commémorations. Il y en a douze par an ! Et l'historien André Kaspi propose de ne garder que la fête nationale du 14 juillet et les 11 novembre et 8 mai qui correspondent à la fin des deux guerres mondiales. En réalité, ce débat est un peu vain puisque les autres journées de commémoration ne sont pas fériées, elles correspondent à des événements qui marquent notre mémoire collective comme la rafle du Vel d'Hiv ou l'abolition de l'esclavage. Il faudrait au moins décider de ne plus en ajouter sous peine de finir avec une commémoration par semaine. En revanche, faut-il célébrer la fin des deux conflits mondiaux en deux dates ? Là encore, c'est un débat récurrent. Jean-Pierre Jouyet, ministre des affaires européennes, propose une seule date, le 9 mai, pour toute l'Europe. Il ne s'agit plus de se glorifier d'une victoire guerrière, l'Europe est faite et depuis la cérémonie du 22 septembre 1984 avec Helmut Kohl et François Mitterrand main dans la main à Douaumont, il n'y a plus -en principe- d'ambiguïté sur le sens des célébrations de l'armistice. Pour ce qui est de la seconde guerre mondiale, c'est plus compliqué. Les rescapés des camps, les familles de déportés, doivent toujours entretenir la flamme du souvenir ne serait-ce que pour assurer le fameux devoir de mémoire. Mais il subsiste quand même quelques ambiguïtés. Dans certains villages, on trouve encore des monuments aux morts sur lesquels il est inscrit « victime de la barbarie allemande », allemande et non pas nazie. On pourrait aussi se demander pourquoi nous sommes l'un des derniers pays démocratiques à faire un défilé militaire le jour de notre fête nationale, une parade martiale et anachronique, unique en Europe. Les débats ne manquent pas. Et le débat sur la mémoire des fusillés pour l'exemple de la première guerre mondiale ressurgit. Il s'agit de savoir si les quelques 600 poilus qui se sont faits fusiller pour avoir chapardé dans les rations, refusé de monter au front ou pour avoir fraternisé avec l'ennemi, pouvaient être réhabilités et déclarés « mort pour la France ». L'Angleterre a déjà fait cet acte de mansuétude. En 1998, Lionel Jospin l'avait souhaité mais Jacques Chirac s'y était opposé. Aujourd'hui, Jean-Marie Bockel étudie la question. Le secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants a d'abord dit que les dossiers allaient être étudiés au cas par cas. C'est impossible ! Ces hommes ont été jugés sommairement, ils s'étaient perdus dans une guerre menée bien souvent de façon absurde et criminelle. Certains d'entre eux, broyés par les conditions de vie et de combat dans les tranchées, se sont auto mutilés pour échapper à un N-ième assaut dérisoire et meurtrier. Jean-Marie Bockel aurait dû montrer qu'un ministre d'ouverture pouvait servir à quelque chose en proposant officiellement et publiquement la réhabilitation globale de ces 600 victimes pour le 11 novembre de cette année. Il a loupé le coche. Le dossier est sur le bureau du Président. Peut-être l'annoncera-t-il aujourd'hui. Certains partisans de la réhabilitation veulent y croire. Mais les associations d'anciens combattants vont-elles accepter que ces fusillés puissent être réhabilités ? Pas toutes. Voilà pourquoi l'audacieux Jean-Marie Bockel préfère ne pas se mettre en avant sur ce dossier. Pourtant, ce ne serait que justice parce que finalement, les hommes qui ont subi des ordres suicidaires, des pratiques guerrières assassines, des hommes qui ont parfois fraternisé avec leurs voisins d'infortunes des tranchées allemandes, ces hommes qui sont morts sous les balles d'un peloton français ne sont pas morts avec moins de courage que ceux qui, bien souvent, partaient à l'assaut sous la menace des officiers pour reprendre quelques mètres perdus la veille ! Les fusillés sont aussi morts pour la France. Et l'on pourrait -en étant un peu provocateurs- dire que ceux qui on été condamnés pour avoir fraternisé, c'est-à-dire pour avoir matérialisé le slogan d'après guerre « plus jamais ça », sont même morts pour l'Europe.

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