Ce 11 novembre est un peu particulier… Pour la première fois, un chancelier allemand participe à la commémoration de l’armistice. Oui, et c’est un symbole très fort parce que pour les Allemands, le 11 novembre reste une tragédie. Contrairement au 8 mai (ou plus exactement au 9 mai) qui marque la fin de la deuxième guerre mondiale, et donc la fin d’un calvaire pour l’Allemagne autant qu’une libération politique, le 11 novembre représente encore pour nos voisins un symbole de défaite et un deuil national. En France le 11 novembre a perdu de son contenu un peu patriotique étroit. C’est maintenant d’abord le souvenir d’une boucherie, le rappel d’une exigence de paix. En outre l’année dernière le Président avait prononcé un discours rassembleur qui accueillait enfin, dans la mémoire nationale, les fusillés, victimes d’une justice militaire souvent aveugle. Malgré la présence d’Angela Merkel, aujourd’hui, sous l’Arc de triomphe, avec le Président français, il n’est pas encore possible d’institutionnaliser le 11 novembre, comme le voudrait certains, en une sorte de fête de l’amitié franco-allemande, moteur de l’Europe. D’autres estiment que (maintenant qu’il n’y a plus de poilus vivants) le 11 novembre pourrait être une journée dédiée à la paix en Europe. Enfin certains proposent que ce jour soit celui ou l’on commémore tous les morts de toutes les guerres. Le 11 novembre serait alors comme le memorial day américain. Cela voudrait dire que l’on supprimerait le 8 mai. Un sondage a été commandé par le gouvernement sur cette question et l’on s’est aperçu que les Français n’y étaient pas favorables. Le calendrier des commémorations est difficile à réformer... Oui, le gouvernement avait d’ailleurs commandé un rapport pour réfléchir à la façon d’inverser la tendance à l’excès de commémorations. Il faut dire que Jacques Chirac excellait dans la fabrication de commémorations. A lui seul il avait institué six nouvelles dates commémoratives : ainsi, il avait décidé de commémorer l’abolition de l’esclavage le 10 mai, les morts d’Indochine le 8 juin, le souvenir de la rafle du Vel-d’Hiv et l’hommage aux Justes de France le 16 juillet, aux harkis le 25 septembre, aux morts d’Algérie le 5 décembre. Du coup devant cette folie commémorative qui pouvait aussi souligner une forme de clientélisme politique ou révéler une dérive communautariste, à peine élu, Nicolas Sarkozy décrète : « Assez de repentance ! ». L’historien André Kaspi avait donc été chargé de réfléchir à la question. Il a rendu son rapport il y un peu moins d’un an. Sa principale conclusion fut qu’il serait bon de se limiter à trois dates. Le 11 novembre pour célébrer tous les morts pour la France. Le 8 mai pourrait être dédiée aux victimes civiles des différentes guerres. Victimes de l’holocauste et de tous les crimes de guerre, les génocides et crimes contre l’humanité…et bien sur le 14 juillet, l’incontournable Fête nationale, la seule véritable fête populaire. Trois dates et puis c’est tout. Que croyez vous qu’il arriva ?...rien ! Le rapport Kaspi prend la poussière quelque part sur une étagère du ministère des anciens combattants. Les velléités de réforme du Président se sont évanouies. Il y a d’autres priorités en ce moment que de risquer de se fâcher avec tel ou telle associations d’anciens combattants ou de descendants de victimes en leur supprimant leur journée du souvenir. Et puis chaque cérémonie est, finalement pour le Président et ses ministres une bonne occasion d’endosser l’habit flatteur et rassembleur de l’homme d’Etat, la posture forcement consensuelle. Des images, peut-être historique, qui sait ? En tout cas particulièrement soignées et maitrisées. Ainsi lors des cérémonies de ce matin, les « Français » présent autour de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel seront principalement des militants UMP parisiens rameutés pour assurer un minimum d’affluence et de ferveur bien sage pour l’occasion.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.