Oui, parce qu’on s’interroge beaucoup (même si le suspens faibli) sur la question de savoir qui sera le prochain premier ministre mais on oublie que le troisième personnage de l’état sarkozien c’est le patron de l’UMP. Il est nommé très démocratiquement par le Président de la république, tout seul, via des procédures de façade. Cette nomination tout à fait assumée du responsable d’un parti politique par le président élu par l’ensemble français ne va pas aider Nicolas Sarkozy à entrer dans les habits du président de tous les Français qu’il cherche à revêtir depuis trois ans. On a comme l’impression qu’il est toujours dans la cabine d’essayage. Bon, mais notre sujet ce matin c’est Jean-François Copé. Donc Copé remplace Bertrand ! Et Copé devient, au fil des mois le successeur le plus évident de Nicolas Sarkozy. Il n’est pas vraiment dans les hautes sphères de la popularité mais il travaille, il tisse des liens dans tous les milieux, réfléchit sur tous les dossiers à l’aide d’une association "Génération France" qui commence à avoir une assise à droite. Le futur patron de l’UMP est méthodique et fait penser au Nicolas Sarkozy des années 90. Il s’inscrit dans cette droite décomplexée, et revendique son ambition. Il a du culot, il se trace un contour idéologique assez classique : libéral mais interventionniste, un brin autoritaire mais ouvert sur les questions de société, proche des milieux d’affaire, sécuritaire mais avec un discours républicain. Comme Nicolas Sarkozy, il se met au devant de la scène en prétendant oser défier le politiquement correct. C’est comme ça qu’il a pris la tête de la croisade pour l’interdiction totale de la burqa, en arrivant à l’imposer là ou le président voulait une loi d’interdiction partielle. Personne ne doute que Jean-François Copé patron de l’UMP cultivera une petite musique de fidélité parfaite au début, puis de fidélité critique ou distanciée dans quelques temps pour marquer sa différence comme Nicolas Sarkozy le fit avec Jacques Chirac. Jean-François Copé ne l’avouera jamais mais il se demande bien dans quel état Nicolas Sarkozy va finir son mandat. Et, comptez-y, si jamais le président devait ne pas se représenter (si jamais), il sera là. Il est déjà là avec la même ambition dévorante et affichée que le président. En fait, Jean-François Copé reproduit la stratégie de Nicolas Sarkozy ?Oui même si les deux hommes n’ont pas le même caractère ni la même culture. Jean-François Copé, a pris soin de se faire un fief électoral dans une ville populaire. Du coup, il n’a pas besoin, pour faire comprendre qu’il connaît le peuple d’adopter un langage et un style dit populaire. Copé utilise une sorte de « parler cash » qui prétend refuser la langue de bois. Il est cultivé et technocrate, c’est un énarque. Après Nicolas Sarkozy, la culture classique et le profil haut fonctionnaire compétant de Copé peut aussi rassurer l’électorat conservateur. Sauf que… ce n’est pas si parfait ! Jean-François Copé a un gros défaut qui pourrait lui nuire ; il a un aspect totalement anachronique! Il continue de défendre l’idée que le cumul des mandats, des fonctions, des métiers ne nuit pas et même profite à l’action publique. Il a de l’engagement politique une vision toute chiraquienne, faite de voracité. Son incompréhension du concept de conflit d’intérêts tel que le décrit Martin Hirsch et les colères que provoquent les allusions à son métier d’avocat d’affaires qu’il a décidé d’exercer une fois élu député, montrent qu’il lui manque un élément essentiel dans la compréhension de notre époque. En politique la gloutonnerie ne paie plus. Mais, d’ici 2017 ou 2023 (ou 2028!), Jean-François Copé a encore le temps de s’en rendre compte.

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