Le 11 novembre, traditionnellement c’est la journée où l’on rend hommage aux poilus de la guerre de 14… Mais cette année, ça change !

Oui, le Président a décidé de ne plus honorer simplement les victimes et les protagonistes de la boucherie de 14/18 mais, d’évoquer aussi les soldats tombés au combat en opérations extérieures. C'est-à-dire les soldats d’aujourd’hui. Depuis 1962, depuis la fin des guerres coloniales, 3.000 soldats français sont morts, tous, hors de nos frontières, au Liban, dans les Balkans, en Afrique et bien sûr en Afghanistan. Ces victimes et au-delà, les anciens combattants de ces conflits n’ont pas de jour dédié au souvenir. Le dernier poilu est mort. C’est donc le bon moment pour opérer une mue symbolique du 11 novembre. Depuis plusieurs années les historiens réfléchissent à la politique mémorielle française. André Kaspi a rendu au président un rapport intéressant sur le sujet. L’idée est de rationaliser les commémorations et d’enrayer la multiplication des journées du souvenir que l’on instituait volontiers sous la pression des lobbys d’anciens de toutes sortes de conflits et de descendants de toutes catégories de victimes. L’idée d’un « mémorial day », ou d’un « vétérans day » à la française avait germé dans l’esprit du président. C’est le sens des deux discours que devrait prononcer Nicolas Sarkozy aujourd’hui, sous l’Arc de triomphe et à Meaux où il inaugure un musée consacré à la Grande Guerre.

Mais même cette évolution, qui parait logique, est contestée.

Oui, en réalité il est très difficile de changer les habitudes sur ces questions qui ont pris la force de tradition. Souvenez-vous des quelques initiatives, dans le domaine mémoriel, que le président avait prises… elles ont toutes été abandonnées. L’adoption symbolique de la mémoire d’un enfant victime de la Shoa par toutes les classes de CM2 … ça ne se fera pas. La lecture, chaque année, au lycée, de la lettre de Guy Môquet… oubliée également. Pour tout ce qui touche aux anciens combattants, les pesanteurs sont plus lourdes encore. Les anciens de la guerre de 40 tiennent au 8 mai, ceux des guerres d’Indochine ou d’Algérie ne veulent pas être noyés dans un 11 novembre fourre-tout. La quatrième génération d’anciens combattants, ceux de l’après 62, se sent oubliée. Mais les historiens s’y mettent. Peut-on confondre les souvenirs des guerres sans brouiller la mémoire ? La guerre de 14 aux relents très patriotiques, avec le peuple de Conscrit, la guerre de 40 qui opposait la démocratie et la dictature, avec le génocide, les guerres de décolonisations, impérialistes, dont les acteurs se sentent particulièrement méprisés et n’ont pas tous la certitude d’avoir été du côté du bien. Et puis les combattants d’aujourd’hui, de l’armée professionnalisée, qui ont l’impression que leurs camarades tombés au combat sont considérés comme des victimes d’accident du travail. Les mémoires ne se mélangent pas mieux que l’eau et l’huile. Mais la mémoire n’appartient pas seulement à ceux qui ont fait les guerres. La question, finalement n’est pas vraiment de savoir s’il faut regrouper le souvenir de tous les combattants le 11 novembre, mais plutôt de savoir quel message veut-on mettre en avant chaque année à cette date. Un message néo-nationaliste, cocardier et nostalgique ? Ou alors un « plus jamais ça » un peu niais ? La meilleure réponse, pour éviter ces écueils, c’est sans doute de faire du 11 novembre et du 8 mai de vastes leçons d’Histoire, chaque année, renouvelées et enrichies.

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