Vous vous interrogez ce matin sur le sens que peuvent avoir aujourd’hui les commémorations du 11 novembre.

Oui, parce que nous sommes à la veille de 2014, une année qui sera marquée par de nombreuses manifestations dans le cadre du centenaire de la Première guerre mondiale. Et François Hollande a ouvert les cérémonies, jeudi dernier, par un long discours qui n’a pas eu le retentissement souhaité par l’Elysée. Dans un contexte de défiance envers le Président, tel que même les actes les plus solennels, les plus chargés de symboles, se perdent dans les sables de l’impopularité. Pourtant, c’était un discours de facture très consensuelle, très présidentiel. Un discours auquel avaient été conviés les leaders de l’opposition. Jean-François Copé, a d’ailleurs salué l’intervention de François Hollande par un rarissime satisfecit : "J'ai trouvé que le Président avait prononcé un très beau discours, celui que l'on attendait" a-t-il dit. Et pour cause : François Hollande a plus cité de Gaulle que Jaurès, bien que – au regard de l’Histoire- le leader socialiste et pacifiste assassiné en 1914 a plus à voir avec la Première guerre mondiale que celui qui deviendra le chef de la France libre en 1940. Dans ce discours il y avait tout ce qu’il faut : le devoir de mémoire, du Maurice Genevoix pour parler de la souffrance des soldats du peuple, du Péguy pour opposer le patriotisme salutaire qui est « l’amour des siens » au nationalisme néfaste qui est « la haine de l’autre ». Il y avait l’hymne à la République et à la démocratie… il y avait la référence à l’unité pour combattre l’envahisseur en 1914 et la crise économique en 2013…

Mais justement ce n’était pas un discours particulièrement de gauche et ça lui a été reproché par certains historiens…

Effectivement, pas de référence appuyée à la boucherie organisée cyniquement par des généraux qui sacrifiaient des milliers d’hommes pour un communiqué flatteur, pas grand chose sur les mutins, pas de référence à Anatole France, « on croit mourir pour la patrie on meurt pour les industriels ». Au moment où l’affirmation de la gauche ne trouve pas vraiment matière à s’exprimer dans la politique économique et sociale, certains auraient aimé un discours plus offensif, plus estampillé… Mais justement, si l’un des messages de l’histoire de cette guerre doit être l’unité, ce n’est peut-être pas à un président de gauche d’en rajouter sur ce que dit son camp depuis toujours sur ce carnage. D’ailleurs comme un effet miroir plutôt bienvenu, François Hollande a cité -fait encore plus rarissime que le satisfecit de Copé- son prédécesseur par son nom : Nicolas Sarkozy qui, dans la lignée du processus initié par Lionel Jospin, avait prononcé ces belles paroles de réhabilitation des fusillés : « beaucoup de ceux qui furent fusillés ne s’étaient pas déshonorés. Ils furent aussi les victimes d’une fatalité qui dévora tant d’hommes » avait-il dit. On n’est plus dans la glorification nationaliste et militariste d’un côté, ou dans la lecture révolutionnaire et protestataire du conflit de l’autre. François Hollande et Nicolas Sarkozy, les deux premiers présidents à n’avoir ni fait, ni connu aucune guerre de leur vivant sur le territoire français, auront su dépassionner les commémorations. D’ailleurs l’équipe de la mission chargée d’organiser les commémorations et les événements du centenaire a été nommée par Sarkozy et confirmée par Hollande. Les historiens ont enfin pris plus de place que les idéologues dans le débat et la mémoire publics sur ce sujet.

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