Vous revenez sur la Conférence Nationale du PCF de ce week-end qui marque une inflexion de la stratégie de la direction de ce parti.

Oui, l’affaire Jouyet/Fillon a tout submergé. On est passé à côté de ce qui s’est passé au PC (Charline m’a devancé hier, mais je crois qu’on peut compléter)… Pierre Laurent a exhorté les frondeurs et les écologistes à aller au bout de leur démarche, à cesser de s’abstenir et donc à s’opposer au gouvernement de Manuel Valls (ce qui pourrait aboutir à son renversement). Dans nos institutions, le Premier ministre est le chef de la majorité. Or, les propos et l’action de Manuel Valls constituent une provocation pour le PC. Pierre Laurent concentre ses attaques sur lui et épargne plutôt François Hollande. Il ménage (contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui pilonne le président) la possibilité de redevenir plus conciliant en cas de changement de Premier ministre … C’est la première fois que les communistes mettent une telle distance entre l’exécutif et eux. Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon s’étaient déchirés au moment des élections municipales. Le Front de gauche (donc l’alliance PC/parti de Gauche) était allé aux urnes divisés, alliés au PS dans certaines villes, contre lui dans d’autres… Le communisme municipal voulait sauver ce qui pouvait l’être, quitte à mettre un mouchoir local sur les critiques nationales, au grand dam de Jean Luc Mélenchon.

La position du PC depuis ce week-end constitue donc une clarification…

Oui, une clarification qui doit certainement lui coûter parce que pour les prochaines départementales (c’est comme pour les routes, on ne dit plus cantonales), le PC aura forcément besoin du PS pour tenter de sauver ses deux seuls départements. Mais on peut aisément comprendre que la direction du parti finisse par céder à sa base qui ne supporte pas le virage libéral du gouvernement. Cependant, l’alliance avec les écologistes ou la partie frondeuse du PS est une illusion. Les frondeurs du PS, bien qu’étant représentants du flan gauche de leur parti, ne proposent pas non plus une politique compatible avec ce que souhaite le Front de Gauche. L’Europe, ses règles, ses critères et ses contraintes, rend très compliquée la renaissance de ce que pourrait être un programme commun ou une alliance de type gauche plurielle. La persistance de la crise, l’acceptation maintenant explicite par le PS du marché, aboutit à ce que le Front de Gauche et le PS deviennent de plus en plus étrangers l’un à l’autre. La gauche entre dans une très profonde crise. Des majorités PS/PC restent possibles, et même assez efficaces, dans certaines grandes villes comme Paris, même avec un PS très recentré. Mais PS et PC deviennent idéologiquement incompatibles au niveau national. La différence entre le Front de Gauche et les socialistes n’est plus une différence de degré mais de nature. La gauche est donc à la veille, ou l’avant-veille, d’une recomposition… En attendant, même sans droite structurée, la gauche est mûre pour perdre toutes les élections locales et nationales pendant encore quelques années…

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