Vous revenez sur la mort d’André Glucksmann. Un homme qui défiait les clivages politiques habituels…

Oui, dès sa jeunesse maoïste, il suivait avec passion les séminaires de Raymond Aron mais sans revenir sur son rôle, avec les nouveaux philosophes, pour accompagner, à la fin des années 70, une partie de la gauche vers l’abandon du romantisme révolutionnaire marxiste, devenu dictature, la personnalité, les idées, les indignations d’André Glucksmann étaient celles d’un universaliste, d’un homme qui pensait –dans le sillage des Lumières et de la Révolution- que tous les hommes aspirent, au fond, à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’homme. Que ces valeurs ne sont donc pas spécialement occidentales. Les réactionnaires à la mode en ce moment diraient qu’il fut un « droit-de-l’hommiste ». Ce terme méprisant, son fils Raphael le retourne et le revendique aujourd’hui, en fait une bannière, non pas seulement pour le débat mais pour l’action. Ceux qui ne l’aimaient pas à gauche, à cause de son atlantisme, voyaient en lui un suppôt de l’impérialisme yankee, un néoconservateur français. Les convictions de Glucksmann ne l’ont pas toujours bien guidé : l’histoire lui a donné raison sur la dictature soviétique, les boat people, la Yougoslavie, et tort sur la guerre en Irak de George Bush qu’il avait soutenue.

Mais ses prises de position, qui défiaient le clivage gauche/droite, préfiguraient la recomposition politique que l’on sent poindre en ce moment.

Oui, à une époque où l’on s’interroge sur la pertinence du clivage gauche-droite, où les repères idéologiques et philosophiques sont brassés par tant de débats, on peut remarquer que Gluksmann, avait, lui, fait fit, depuis longtemps, des clivages classiques, trop schématiques. Homme de gauche, il avait choisi (avant de s’en éloigner) N.Sarkozy en 2007 pour son discours offensif sur la démocratie qui devait s’affirmer partout. Rappelons, par exemple, que pendant sa campagne de 2007, Sarkozy fustigeait les anciens présidents de la Vème qui se satisfaisaient parfaitement des tyrannies stables. On l’a oublié mais Sarkozy2007 promettait d’en finir, par exemple, avec la France-Afrique… ça n’a pas duré… Le candidat Sarkozy dénonçait aussi l’autoritarisme liberticide de Poutine, sans doute justement pour attirer une partie de la crème germanopratine dont faisait partie Glucksmann. Ça a marché. Mais la réalpolitique a conduit le président à contredire le candidat au sujet du nouveau Tsar russe. Aujourd’hui, pour gagner les élections, l’idée de la droite, ce n’est plus –signe des temps- de flatter les « droit-de l’hommistes » mais de se montrer compréhensifs envers les dictateurs qui glorifient l’identité et les racines de leur peuple. Gluksmann était l’une des figures universalistes qui se fait questionner aujourd’hui, bousculer par la déprime eemmourienne. Il s’inscrivait donc parfaitement, et de façon prémonitoire, dans ce nouveau clivage, non plus forcément gauche/droite mais ouvert/fermé, universaliste/identitariste. Avec la montée du FN, les images anxiogènes des réfugiés… les universalistes, sur la défensive, viennent de perdre une voix précieuse.

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