Vous revenez ce matin sur l’impact de l’élection de Donald Trump sur la politique française : Nicolas Sarkozy se sent porté par la vague Trump.

Oui, l’ancien président qui soutenait Hillary Clinton tente maintenant de prendre appui sur la victoire du candidat, dit antisystème, pour faire la différence face à un Alain Juppé au profil classique. Nicolas Sarkozy, ancien maire de Neuilly (sorte de capitale du système), ancien président de la République (donc président du système), 40 ans de vie politique pour, par et avec le système, a estimé qu’il devait maintenant incarner l’antisystème. Une stratégie qui avait d’abord suscité une ironie un peu moqueuse auprès de nombre de ses concurrents et anciens proches, à la fois estomaqués et un brin admiratifs devant tant de culot. Mais cette posture baroque, promise à un échec certain en raison de son inadéquation évidente, vient de gagner, sinon en crédibilité, du moins en probable efficacité. Si un milliardaire - héritier dans le domaine de l’immobilier - arrive à se faire passer pour le représentant de la classe laborieuse délaissée (même si, en réalité –mais qui s’intéresse encore à la réalité- il est majoritaire parmi les grandes fortunes et pas parmi les plus pauvres), donc si Donald Trump arrive à se faire passer pour un anti-systhéme, alors pourquoi Nicolas Sarkozy n’arriverait pas, lui aussi, à incarner la lutte contre l’élite déconnectée? Nicolas Sarkozy ne va quand même pas, comme Donald Trump (tout est plus gros aux Etats-Unis), jusqu’à promettre de réinstaller la sidérurgie dans le pays ou à construire un mur à nos frontières sud… Mais il fait du Trump, dans le ton, sur les étrangers, sur l’immigration, sur la vision testostéronée du pouvoir.

Il dit que Donald Trump a montré qu’il ne faut pas se laisser impressionner par le politiquement correct ou par la pensée unique…

Oui et c’est un argument qu’il faut décortiquer. Nicolas Sarkozy affirme qu’il y a des sujets interdits en France, que les bienpensants musellent le débat : l’immigration et l’islam, l’identité. Vous avez bien sûr remarqué que l’immigration et l’islam étaient des thèmes totalement absents, occultés du débat français ? Peu importe… Nicolas Sarkozy, après Marine Le Pen, se plaint d’être diabolisé quand il évoque ces sujets. Et c’est vrai qu’il y a une grande différence entre ses propos plutôt policés, lors des débats ou des interviews, et ce qu’il peut dire en meeting sur le ton du stand-up provocateur, comme cette tirade lundi soir à Neuilly, sur les repas de substitution à la cantine, « le jour où il y a du jambon, les enfants qui ne mangent pas de porc devraient avoir une 2èmeration de frite, c’est ça la République ! ». Cette phrase qui ne correspond à rien puisqu’il y a partout -même à Neuilly- des repas de substitution qui ne posent aucun problème… cette phrase était prononcée pour faire réagir les bienpensants. C’est-à-dire nous la presse, entre autres. Le but c’est de nous pointer « vous voyez on ne peut plus rien dire » et ainsi apparaitre vraiment antisystème, puisque la presse, (normalement contre-pouvoir) est en fait associée au dit-système. C’est diabolique et ça marche ! Trump a fait ça pendant toute sa campagne ! N.Sarkozy est un pragmatique. Si ça marche en Amérique, pourquoi ne pas essayer en France.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.