Après la plainte déposée par l’association de lutte anti-corruption, Anticor, vous revenez ce matin sur la frénésie de sondages de l’Elysée sous l’ère Sarkozy.

Oui comme l’a mis à jour Raymond Avrillier, militant écologiste grenoblois, l’Elysée commandait, via la société de communication de Patrick Buisson, (ami et conseiller officieux de l’ancien président) des enquêtes qui n’avaient, bien souvent, que de lointains rapports avec l’action publique. Elles étaient, en revanche, destinées à peaufiner des stratégies d’images. A l’évidence, ce n’est pas au contribuable de financer, même indirectement, des études d’opinions sur la vie privée du chef de l’Etat, sur l’impact de l’affaire Bettencourt ou sur les faits et gestes de Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. La justice est saisie… mais cette affaire nous donne l’occasion de revenir sur des sondages que les politiques se commandent et singulièrement sur certains d’entre eux que le grand public ne connaît pas et qui suscitent beaucoup de fantasmes. Je veux parler de ce que l’on appelle les « qualis » : les sondages qualitatifs. Il ne s’agit pas là de mesurer des taux d’approbation d’une personne, d’une action ou d’une idée mais bien de faire une étude approfondie, non quantitative, le plus souvent sur une personnalité. On ne voit jamais le résultat de ces enquêtes dans la presse. Les sondeurs qui les réalisent (tous les grands instituts) signent une clause de confidentialité très stricte et la respectent.

Comment se passe un « quali » ?

On réunit un groupe de personnes, une ou deux dizaines, représentatives de la population que l’on veut scruter et on pose des questions ouvertes pour susciter une discussion. Par exemple : comment imaginez-vous que Nicolas Sarkozy était quand il était bébé ? D’après vous comment la maison de Martine Aubry est elle aménagée ? Véridique ! Ces exemples m’ont été donnés par des sondeurs. Ou encore, (façon questionnaire de Proust), si le président était une voiture, laquelle serait-il ? Il s’agit de casser les codes de réponses partisanes habituelles et de donner plus de poids à la sociologie qu’à la statistique. Une discussion s’engage entre les participants. Les analystes ne tireront pas la même conclusion si les cobayes décrivent Nicolas Sarkozy en bébé capricieux ou en enfant précoce, en bolide pétaradant ou en solide berline allemande ! Ou si, dans l’esprit du panel, le sol de Martine Aubry est en moquette Saint-Maclou ou en marbre de Carrare ! Tout est enregistré, décortiqué, interprété… Et surtout facturé ! Parfois l’homme politique commanditaire ou ses conseillers assistent, derrière une vitre sans teint, à ces séances ! C’est à la suite d’une série de « qualis » que Nicolas Sarkozy se serait convaincu d’entamer sa fameuse re-présidentialisation ou qu’il aurait demandé à son fils de renoncer à la présidence de l’EPAD. L’abus des sondages (quantitatifs ou qualitatifs) trahit, en fait, une certaine déconnexion du pouvoir. C’est un système de perfusion addictif qui permet, artificiellement, de rester en contact avec la réalité du pays comme le malade, hospitalisé, que l’on nourrit de glucose et de vitamines par intraveineuse. L’Elysée, sous Nicolas Sarkozy commandait, directement ou indirectement au moins 4 sondages par semaines. La seule façon d’être sûr d’éviter de tels abus serait sans doute d’obliger la présidence à rendre publiques les réponses mais surtout les questions de tous les sondages qu’elle commande, au moins quelques mois après leur réalisation…

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