Ce n’est pas la ville, ni ses habitants qui sont maudits mais le nom…. Le mot « Bruxelles ». Ce mot est devenu quasiment une insulte dans le jargon politique (du discours ou du commentaire) en France. Quand un ministre se défausse pour dévier les critiques, il dit « c’est à cause de Bruxelles »…ou dans une version plus policée, « c’est pour nous mettre en conformité avec les règles de Bruxelles » comme si c’était une entité étrangère, un peu lointaine et malfaisante qui plombait systématiquement toutes les bonnes initiatives de nos dirigeants incompris…. Dans l’opposition on accuse la majorité de se plier aux « dictats de Bruxelles », de manquer de fermeté ou d’autorité pour s’opposer aux « injonctions de Bruxelles ». Et maintenant, en plus il faudra le tampon de Bruxelles pour le budget ! On mélange allégrement les directives, les lois, la commission, le conseil, le parlement : tout ça c’est à Bruxelles. Strasbourg, siège du parlement, l’a échappée belle. Et ces critiques ne viennent pas que des extrêmes ou des souverainistes, même les « europhiles » se retrouvent, à un moment ou un autre, dans la situation d’incriminer Bruxelles, s’ils veulent être un peu compris. Le décalage démocratique entre, d’un coté, le pouvoir de l’Europe et, de l’autre, l’absence d’opinion publique européenne, l’absence d’institutions qui donnent le sentiment que les citoyens européens peuvent peser sur les décisions de l’Union, a transformé Bruxelles en réceptacle des récriminations fantasmées ou légitimes. Comme Washington pour le middle ouest américain, Bruxelles personnifie l’arbitraire d’une administration déracinée. Bruxelles est donc devenue en France un gros mot, synonyme d’incompétence, de distance, de morgue, d’inefficacité, d’abus de pouvoir, d’incurie politique, de technocratie omnipotente… Mais les Français ne pensent pas à la ville et à ses habitants quand ils fustigent Bruxelles !Non, l’opinion fait bien la distinction. Surtout que le Bruxelles, capitale de la Belgique (et non pas le Bruxelles siège de la commission) ne donne pas vraiment l’exemple d’un gouvernement hyper puissant qui pourrait avoir une influence néfaste sur la vie des autres peuples européens. Le Bruxelles négatif, rassurez vous, amis belges, est totalement lié aux institutions et à l’administration de l’Union. Mais quand même on imagine les bruxellois (qui comme tous les européens sont soumis aux mêmes règles édictées par l’Union) en avoir assez que le nom de leur ville soit ainsi devenu un mot repoussoir. Un peu (toutes proportions gardée quand même) comme les habitants de Vichy n’en peuvent plus d’entendre le nom de leur ville qualifier un régime politique méprisable et honnis de tous ! George Brassens, dans Le blason, déplorait qu’un petit vocable de trois lettres qui désigne « ce morceau de roi » de l’anatomie féminine soit devenu une insulte… « Honte à celui la qui par dépit, par gageure dota du même terme, en son fiel venimeux, ce grand ami de l’homme et la cinglante injure » dit Brassens. Il faudrait qu’un auteur de talent s’y colle pour venger Bruxelles de ceux qui « par dépit ou par gageure » utilisent le même mot pour désigner la capitale de nos cousins belges et une « cinglante injure »…

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