Ce matin, vous revenez sur la répartition prévue des réfugiés de la jungle de Calais dans des centres d’accueil à travers la France.

Oui, parce que le prisme du débat public sur cette question est tristement déformant. Bien sûr, la presse nationale relaie toutes les manifestations (une vingtaine jusque-là), jamais massives, d’habitants, souvent accompagnés de leurs élus locaux pour refuser que s’installent sur leur commune des CAO ou des CADA. Les CAO sont des Centres d’Accueil et d’Orientation de migrants. De toutes petites unités qui regroupent, pour la plupart, moins de 20 migrants, c’est-à-dire 3 ou 4 familles. Il en existe déjà 164 en France, 3000 migrants y sont installés pour 4 mois. 5000 y sont déjà passés depuis novembre dernier. Les CADA hébergent, eux, des demandeurs d’asile. Des centres qui vont de 40 à 200 places dans des plus grandes villes. Depuis la prise de position très hostile de Laurent Wauquiez sur le sujet, beaucoup d’élus locaux, sur les terres desquels l’Etat a repéré des bâtiments, relaient ou organisent la contestation. Des militants d’extrême droite vont même (dans des cas plus isolés) jusqu’à dégrader les bâtiments sélectionnés. Il ne s’agit pas de bâtiments municipaux… Jusqu’ici les préfectures n’ont eu à procéder à aucune réquisition. Les communes n’ont rien à débourser, et ce sont des associations comme France Terre d’Asile qui gèrent les centres pour le compte de l’Etat.

Mais dites-vous, une fois installés, ces centres ne posent aucun problème…

Et c’est ça l’évènement inattendu, exceptionnel même compte tenu de l’ambiance désastreuse dans laquelle les tenants du déclinisme déprimés placent le débat public. Depuis novembre – n’en déplaise à ceux qui, à gauche, pensent que la France est avant tout raciste, ou ceux qui, à droite, estiment que nous sommes au bord de la guerre civile à cause des immigrés- aucun incident avec les migrants n’est à déplorer dans aucun centre… bien au contraire, rien que des manifestations de solidarité, de fraternité. Ce n’est pas une vision idyllique, c’est le rapport précis qui remonte des préfectures et de la presse locale qui est d’ailleurs pleine de ces histoires d’entraide, de cours d’alphabétisation, d’échanges de services, de retraités volontaires qui organisent des activités, de familles qui s’invitent. Une grande banderole « Allex village solidaire » orne le clocher d’Allex, ce petit bourg drômois. Ce n’est pas une exception. Plus de 1000 maires ont proposé, d’eux-mêmes, des locaux, de nombreux comités d’entreprise offrent leurs bâtiments de colonies de vacances par exemple pour quelques mois. Sur les 164 communes qui hébergent des CAO, 77 sont de gauche ou écologistes, 68 sont de droite et 19 sans étiquette, donc la solidarité est très bien répartie. Ce qui est remarquable, c’est la généralisation de l’accueil, plutôt que du refus. L’hostilité se manifeste toujours avant, jamais une fois les migrants installés, pour l’instant du moins. Les participants à la primaire de la droite, dont les thèmes de controverse envahissent le débat public, ont une lourde responsabilité dans l'image faussée de peur, de repli, que certains d’entre eux diffusent et qui, pour l’instant, ne correspond pas, pour surprenant que ce soit, à la réalité de ce terrain, qu’ils invoquent pourtant à longueur de meetings.

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