Vous revenez sur une information du Canard: patronat et syndicats se voient discrètement...

Oui, les chefs des 8 principales organisations syndicales et patronales se retrouvent régulièrement (et plutôt discrètement) depuis cet été pour tenter de redéfinir leur rôle national, alors que les nouvelles règles tendent à les cantonner dans les négociations en entreprise ou par branche. Le président a décidé, pour réformer plus efficacement, de reprendre les choses en main, de faire du tout Etat social. La gestion des fonds de l’UNEDIC est désormais très encadrée par l’Etat. Les réformes sociales et du code du travail se sont faites en consultant les syndicats pour avis seulement décoratif. Les ordonnances sur le dialogue social devaient relancer celui-ci, dans l’entreprise... mais, de l’aveu même de Richard Ferrand, il ne fonctionne pas bien puisque trop peu d’accords sont conclus. Il faut dire que les partenaires sociaux, en dehors de l’entreprise,  nous ont habitués, ces dernières années, à des jeux de postures et d’affrontements. Pour plus d’efficacité, Emmanuel Macron a donc choisi d’être -c’est le mot du moment- « vertical ».

Et donc syndicats et patronat réagissent en se rencontrant ?

Oui, c’est inédit sous cette forme-là. François Asselin, le patron de la CGPME, est à l’origine de cette  initiative. Les grands chefs des organisations patronales et des syndicats de salariés se réunissent donc pour des discussions tous azimuts, dont la teneur reste secrète, prémices, peut-être, à des initiatives communes. On n'en quand même est pas là, nous dit Laurent Berger, qui apprécie ces rencontres et est agréablement surpris par la propension du très libéral Geoffroy Roux de Bezieux au dialogue. Ces réunions discrètes sont appelées par les participants «le Club des 8», ce qui fait un peu conspirateurs. Ça peut devenir un syndicat de syndicats frustrés d’être boudés par le pouvoir  ou, plus intéressant, une instance de laquelle pourrait émerger une nouvelle idée du dialogue social. Comment un gouvernement pourrait résister à une initiative commune de ce groupe s’il devait se développer ? Après tout, en 1958, c’est comme ça, par une initiative des partenaires sociaux, qu’est née l’assurance chômage. Et en 2008, c’est sur proposition du patronat et de tous les syndicats (moins la CGT...) qu’a été créée la rupture conventionnelle. Geoffroy Roux de Bezieux ne pense pas que syndicats et patronats peuvent encore créer de la norme nationale, tant le monde économique et social est éclaté et diversifié, mais il estime, avec les organisations de salariés, que la démocratie sociale doit avoir un écho et une influence nationale… Finalement,  le Club des 8 tente –à sa façon- de faire vivre la «république contractuelle» évoquée par Emmanuel Macron ! Il le fait en réaction, au jupitérisme, à la logique d’étatisation de la politique sociale. Et c’est vrai que la démocratie, ce n’est pas que les jeux politiques et l’action de l’Etat… Après tout, Emmanuel Macron n’a-t-il pas été élu aussi sur un discours de responsabilisation de la société ? Le Club des 8, paradoxalement, est peut-être plus macronien que ce qu’est devenu Emmanuel Macron lui-même.

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