« Régimes spéciaux, la réforme est prête » annonçait dimanche François Fillon, provoquant immédiatement une rafale de réactions syndicales et politiques. On ne l'attendait pas si tôt cette réforme. On ne s'attendait pas surtout à ce que ce soit le premier ministre qui en fasse l'annonce tout à trac. Mais finalement, cette déclaration faussement intempestive restera peut-être comme un tournant dans l'histoire des relations entre l'Elysée et Matignon. Le jour où François Fillon a fait preuve d'autonomie, mieux, le jour où il a joué la mouche du coche de la réforme de Nicolas Sarkozy. ça n'a pas été forcément très bien vécu à l'Elysée, peu habitué à voir quiconque prendre de vitesse le président, ni au ministère du travail qui se retrouve avec la patate chaude. Mais enfin, l'annonce a eu le mérite de faire sortir tout le monde du bois. Côté syndical, peu de surprise, vocabulaire martial pour réagir à la méthode du gouvernement, et opposition sur le fond du projet pour la CGT ou SUD, avec sûrement plus de souplesse de la part de la CFDT, mais qui elle aussi hier s'est retranchée derrière le forcing supposé du premier ministre pour durcir le ton. Quid de la gauche politique ? Pas d'ambiguité à l'extrême gauche. Olivier Besancenot parle de "déclaration de guerre". Mais au PS ? Souvenez-vous, c'était encore dans le projet présidentiel du parti, les socialistes réclamaient l'abrogation de la réforme Fillon 2003. Alors où en sont-ils aujourd'hui ? Et bien hier, le large spectre des réactions a permis de constater : 1, la mutation du PS sur cette question des retraites 2, les divisions du PS sur cette question des retraites Mutation qui saute aux oreilles quand un Manuel Valls souscrit presque sans nuance à l'annonce de la réforme, ajoutant seulement qu'il faut prendre en compte la pénibilité du travail. A La Rochelle fin août, en tribune, de François Hollande à Michel Rocard en passant par Bertrand Delanoë, tous acquiescaient à l'idée d'allonger la durée des cotisations. Ils parlaient du régime général et y mettaient quelques conditions, mais enfin, on sentait bien que la conversion était assumée. Divisions pourtant encore. Il reste un Jean-Luc Mélenchon pour exprimer tout haut sa totale opposition au projet, "nécessaire dit-il, ni du point de vue de l'équilibre des régimes de retraite, ni de celui de l'équité". Il reste surtout des élus, des cadres et des militants qui se demandent si à force d'assumer le "socialisme du réel" comme on dit chez eux, certains n'ont tout simplement pas oublié le mot "socialisme". Oui, il y a un problème de financement des régimes spéciaux reconnaissent-ils, mais avant d'applaudir des 2 mains la réforme Fillon/Sarko, et si on reposait la question de qui paie ? Qui cotise ? A-t-on renoncé à mettre à contribution le capital pour rééquilibrer les efforts fournis par ceux qui travaillent ? Ceux là grimacent à l'idée que le PS semble chercher la voie de sa modernisation dans une droitisation. Une dérive résumée d'une formule par un fabiusien : il y a ceux, dit-il, qui veulent encore être une opposition de gauche à Sarko, et ceux qui veulent aller sur une position de Sarko de gauche. "Les capitulards du libéralisme et du sarkozysme" dénonce-t-il. Qui est majoritaire aujourd'hui dans le parti ? Personne ne le sait. Le problème, c'est que l'accélération du calendrier par le gouvernement ne leur laissera peut être pas le temps de trancher ce débat là avant le vote de la réforme. Après, ce sera un peu tard.

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