Bernard Tapie était hier auditionné par la commission parlementaire. Une audition qui a pu inspirer un sentiment mélangé - en fait toujours le même depuis que Bernard Tapie est au devant de la scène - un sentiment mélangé de fascination et de malaise. Mais, cette fois ci, c’est le malaise qui l’a emporté. Le fond de l’affaire, c’était hier, parfaitement incompréhensible pour quiconque ne s’est pas plongé dans les milliers de pages de ce dossier. On est bluffé d’abord par le culot, la détermination, l’énergie, le talent de cet homme à la fois formidable acteur et sans doute plus souvent sincère qu’on ne le croit d’habitude. Mais, le malaise dominait quand même devant ce spectacle captivant. Malaise d’abord parce qu’on entendait Bernard Tapie faire valser des sommes incommensurables, des centaines de millions d’euros avec un vocabulaire et un style de vendeur de 4X4 qui parlerait d’une remise sur le GPS, malaise devant la désinvolture et parfois même le mépris que l’homme d’affaires opposait aux parlementaires. On l’a entendu dire à un député qui croyait souligner une incohérence « je m’en fous c’est pas vous le juge ». Alors, pour avoir couvert quelques commissions parlementaires aux Etats-Unis, c'est-à-dire dans un pays ou être un représentant élu par le peuple a quelque chose de presque sacré, cette phrase « je m’en fous, c’est pas vous le juge » apparaît comme particulièrement déplacée envers la représentation nationale et aurait dû être relevée et condamnée par le président de séance. Plus tard, malaise encore quand, au bord des larmes, Bernard Tapie parle de la souffrance de sa famille et de son nom, Tapie qui était devenu une insulte. Bernard Tapie tentait efficacement de justifier le fait que le tribunal arbitral lui avait octroyé 45 millions pour préjudice moral. Bernard Tapie pleure et on est partagé –encore- entre un début de compassion et l’idée, quand même, que ces larmes coûtent 45 millions d’euros au contribuable. Et finalement, malgré la sans doute réelle souffrance de Bernard Tapie pendant ces années, on ne peut s’empêcher de trouver que dans « préjudice moral pour Bernard Tapie : 45 millions d’euros » - il y a quelque chose qui ne sonne pas tout à fait juste. Après cette audition, comprend-on mieux pourquoi la procédure du tribunal arbitral a été choisie ? Pas vraiment, l’argument, vous le connaissez... Cette affaire trainait en longueur, le consortium de réalisation, c'est-à-dire, l’Etat, dépensait des sommes folles en avocats et on en voyait pas le bout. L’utilisation de cette procédure privée apparaissait par les deux parties comme la plus efficace. La plus efficace sans doute mais pas la plus raisonnable car le résultat c’est que le contribuable va payer quelques 400 millions d’euros, dont une partie, c’est vrai, pour éponger les dettes fiscales de Bernard Tapie. Mais l’arbitrage privé est fait pour trancher rapidement un litige entre deux entreprises, généralement de nationalités différentes et dont l’une ne veut pas être jugée par la justice du pays de l’autre. Les spécialistes du droit de l’arbitrage auditionnés hier ont souligné qu’il est incompatible avec une affaire dans laquelle l’argent publique est engagée et surtout, avec une affaire qui a aussi des relents politiques et l’on sait que l’Elysée était favorable à cette procédure. On sait aussi que Bernard Tapie et Nicolas Sarkozy sont proches - beaucoup plus qu’ils ne le disent. Bernard Tapie a pourtant dit récemment qu’il n’était pas l’ami de Nicolas Sarkozy. Bernard Tapie a soutenu Nicolas Sarkozy pendant la campagne - ça n’en fait pas son ami pour autant – mais, selon nos informations, Bernard Tapie a été reçu à l’Elysée au moins 4 fois depuis l’élection. L’homme d’affaires a même été raccompagné par l’arrière du Palais pour que ces visites soient totalement discrètes. L’Elysée contacté hier soir ne reconnaît officiellement qu’une visite. Mais, plus globalement, hier, en regardant ce spectacle – et sans que ça ait de relation directe avec l’affaire - on ne pouvait pas ne pas penser à la responsabilité qu’avait prise François Mitterrand en décidant de faire entrer Bernard Tapie en politique, avec pour principal objectif, il faut s’en souvenir : contrer l’influence d’un autre homme, à l’époque : Michel Rocard !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.