Vous revenez ce matin sur la position que François Fillon a exprimée dans l’hypothèse d’un choix FN/PS lors de deuxièmes tours des prochaines municipales.

Oui, l’ancien premier ministre a dit dimanche qu’entre un candidat FN et un socialiste, il fallait choisir le moins sectaire des deux. C’est un virage surprenant dans la doctrine fillonienne. L’ancien premier ministre avait critiqué vertement Jean-François Copé pour bien moins que ça pendant la campagne pour la présidence de l’UMP. On peut y voir une volonté de reconquête d’un électorat UMP qui préfère toujours le Sarkozy droitisé de 2012 au Fillon modéré du printemps 2013. Mais, jusqu’ici, la popularité de l’ancien premier ministre (au-delà de la seule droite) venait justement du sentiment que Fillon avait –comme son mentor Philippe Séguin- des convictions plus fortes que ses stratégies. D’ailleurs l’entourage de François Fillon avait commencé par dire que c’était une boutade, que ses mots avaient dépassé sa pensée mais leur patron –qui visiblement ne se fatigue pas à discuter politique avec ses soutiens- n’a rien dit dans ce sens depuis dimanche. Bien des responsables UMP se font alpaguer par leurs militants, majoritairement favorables à un rapprochement entre leur parti avec celui de Marine Le Pen. Du coup, certains cannent et ne tiennent pas leur ligne. L’hypothèse de l’alternative PS/FN devient alors un choix type « peste et choléra ». Il relève de celui devant lequel se trouve le gorille de la chanson de Brassens, qui doit choisir, pour ses ébats, entre une ancêtre et un « jeune juge en bois brut ». Dans cette affaire, François Fillon n’a, comme le gorille qui a choisi le juge, « brillé, ni par le goût, ni par l´esprit »… et on pourrait rajouter, ni par la conviction. En réalité, François Fillon qui reproche aux socialistes d’être sectaires a répondu à une question politique par une pirouette sémantique. Il a confondu, volontairement, qualités personnelles et orientation politique. C’est une échappatoire lourde de sens.

Cela dit, aux municipales, on sait que les qualités personnelles des candidats sont au moins aussi importantes, pour les électeurs, que les étiquettes politiques !

C’est vrai… et c’est un pas non négligeable d’intégrer le FN dans le champ des candidats à choisir selon leur personnalité plus que par ce qu’ils représentent politiquement. C’est vrai qu’il y a sûrement des candidats FN qui sont techniquement moins sectaires que des socialistes. Il y en a aussi qui ont plus d’humour, plus de diplômes… il y en a même au FN qui savent mieux faire la blanquette de veau que certains socialistes. On peut pousser jusqu’à l’absurde cette dialectique des qualités individuelles qui prendraient le pas sur le positionnement politique. Ça ne peut pas être une réponse responsable s’agissant d’un cas d’école et de principe ! Quand un leader de parti commence, sur une question de choix idéologique à dépolitiser la réponse, c’est qu’il flanche sur ses valeurs. Eric Ciotti, fidèle soutien de Fillion a bien essayé de rattraper le coup pour combler le silence à 1000 décibels de son héros. Il a expliqué qu’entre un socialiste condamné pour corruption et un FN, il s’abstiendrait. Poussons cette logique encore une fois jusqu’à l’absurde: que ferait monsieur Ciotti devant un Marc Dutroux socialiste et une mère Teresa FN ? On le voit quand un politique sort de la politique pour échapper à des responsabilités politiques, il en arrive à dire n’importe quoi – nous aussi d’ailleurs. C’est ce qu’a fait François Fillon dimanche.

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