Oui, et Pierre Moscovici était le ministre de l’économie qui n’a pas pu redresser les comptes de la nation. Il fait partie de ceux, avec la majorité actuelle, plus la précédente qui ont, à la fois approuvé les règles européennes et ont sans cesse demandé à en repousser l’application pour la France, au moins depuis 2007. En quelques sortes Moscovici va devoir tancer son successeur à propos de fautes dont il est coresponsable. Si l’on peut parler de faute ! Est-ce une faute de n’avoir pas le même avis que la commission ? Oui, quand on n’assume pas la divergence. On ne l’assume pas parce que l’on croit (peut-être à raison) que c’est le meilleur moyen d’infléchir la volonté de Bruxelles, ou plutôt de Berlin. Quand il était responsable de l’opposition, spécialiste des questions économiques, puis quand il était ministre des finances, puis ancien ministre… bref hier matin, Pierre Moscovici faisait partie des socialistes dits « réalistes ». Il a toujours prôné une politique de réduction des déficits. Mais en même temps il défendait l’idée d’une relance au niveau européen et espérait que les allemands desserrent leur étau financier. (Oui, parce que les allemands demandent à la France alors que les français espèrent de l’Allemagne)… Donc, hier matin Pierre Moscovici faisait de la politique et aujourd’hui, il fait appliquer des règles. Il passe de chef cuistot à contrôleur sanitaire. Et sa première mission c’est de venir contrôler les cuisines de son propre restaurant qui ne respectent pas toutes les normes.

Mais Paris a quand même un allié dans la place !

Oui sans doute mais pour que cet allié puisse avoir une quelconque efficacité, pour qu’il ait une chance de faire avancer l’idée que l’Europe a besoin d’investissements lourds et une politique monétaire différente, il lui faut d’abord faire allégeance. Pierre Moscovici dit, ce matin, dans les Echos que, non, il ne sera pas « l’ambassadeur de la France à Bruxelles ». Il se trouve au point nodal des contradictions françaises. Il résume ainsi cette situation pour le moins funambulesque, je cite « Il y a deux écueils à éviter : d’un côté une indulgence qui semblerait de la complaisance, de l’autre une approche purement disciplinaire ». Cette déclaration peut tout dire et le contraire de tout. Elle peut être une définition du laxisme comme de l’arbitraire. En maniant les concepts de règles et de trajectoires, il devra trouver les mots (les mêmes mots) propres à rassurer Berlin et à ne pas accabler Paris. Finalement, l’équation complexe à laquelle il est confronté est de la même nature que celle qui consiste à faire des économies et de la relance à la fois, à assainir nos finances et à ne pas assécher la croissance. Voilà une position qui est très compliquée à formuler et quasiment impossible à faire accepter par des opinions publiques qui se sentent (à juste titre) dépossédées de ce débat. Le risque, tout simplement, c’est qu’on ne comprenne plus rien à ce que dit Moscovici. Et ça, c’est un risque démocratique majeur !

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