La semaine dernière, les sondages montraient que les Français étaient majoritairement opposés à l’accueil des réfugiés en France. Depuis les choses ont changé.

Oui, depuis il y a eu la photo de Aylan… et surtout des prises de parole, des prises de position, des artistes, des politiques et des églises. Tous les instituts de sondage montrent un renversement de tendance spectaculaire qui relativise (un peu !) les conclusions, peut-être un peu hâtives, que l’on a pu tirer (moi le premier) sur notre société fermée et craintive. Reprenons l’institut ELAB qui a posé à nouveau cette question : " L’UE fait face à un afflux de migrants et de réfugiés, notamment en provenance de Syrie. Selon vous, la France doit-elle accueillir une part de ces migrants et réfugiés?"… Et cette fois-ci 53%... (+9 points) des sondés du même échantillon de la population répondent « oui ». Ces derniers jours de nombreux reportages ont été faits, de nombreuses explications, ont été données, des débats, notamment autour de l’attitude que les maires doivent adopter en faveur ou non des réfugiés, ont opérés sur les consciences…peut-être les mauvaises consciences. Le mot « réfugié » a remplacé le mot « migrant » et derrières les chiffres sont apparus des histoires humaines, propres à susciter une identification. Voilà la preuve que ce n’est pas toujours la simplification qui prime en politique. La pensée-complexe peut aussi produire des réactions de générosité, plus forte que la pensée-réflexe qui produit de la peur.

Les détails de ces sondages montrent toujours un clivage gauche/droite sur la question

Oui, la gauche et le centre sont largement favorables à l’accueil. Le FN, bien sûr, est contre à 84%. Mais parmi les sympathisants du Parti Les Républicains, on est passé de 67 à 60%... de « non » à l’accueil. L’attitude très humaniste affichée par l’église catholique a produit quelques effets sur l’électorat centriste et plus modeste sur l’électorat strict de la droite classique. La différence de discours, entre un A.Juppé ouvert et un N.Sarkozy inquiet, crée un débat dans l’électorat de droite qui s’interroge au fil des semaines. Le changement de pied de l’exécutif sur la question des « quotas », le discours clair et assumé de F.Hollande sur la tradition d’accueil de la France, et l’attitude de l’Allemagne (souvent montrée en exemple quand il s’agit d’être raisonnable et réaliste) ont fait leur œuvre. Des arguments, d’ordinaire utilisés pour ériger des barrières, tombent… celui de « l’appel d’air », de la « pompe aspirante ». Avec l’exemple de l’Allemagne (qui attire plus de 60% des demandeurs d’asile contre seulement 5% en France), on comprend bien que ce n’est pas la supposée carotte sociale qui attire les réfugiés mais le dynamisme économique. Ce chiffre (Allemagne vs France) peut rassurer les paniqués identitaires, les adeptes du retour des frontières. Mais en réalité, il est profondément triste et parle de l’image que nous renvoyons au monde. Même si l’opinion française bouge, la phrase de Benjamin Franklin, « tous les hommes ont deux patries, la sienne et la France », est encore loin de résonner à nouveau.

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