Retour sur le discours d’Emmanuel Macron à Athènes, ou comment ruiner sa propre parole !

Oui, on peut théoriser à l’infini sur ce que doit être la parole présidentielle, rare ou fréquente, olympienne ou terre à terre, lyrique ou concrète, aucun des messages du chef de l’Etat ne sera entendu, et compris, si cette parole n’est tout simplement pas maitrisée. Et – à l’oral du moins- en ce moment, celle d’Emmanuel Macron ne l’est pas toujours. La preuve, s’agissant du mot «fainéants», qui fait polémique depuis 3 jours, il lui faut envoyer ses porte-paroles au front médiatique, pas pour décliner son discours, mais pour, au mieux, l’expliquer, au pire le réinterpréter. Ce mot, par sa mauvaise ambigüité, fait redescendre le président sur le petit ring des petites bastons politicardes quotidiennes qu’il voulait à tout prix éviter. Le mot, dans un contexte national bien particulier, isolé et remouliné par le tout-info et les réseaux sociaux, devient une insulte de classe et ne désigne pas, comme l’Elysée a tenté de l’expliquer après coup, la pusillanimité des non-réformateurs Chirac, Sarkozy et Hollande. Dans notre système d’essoreuse médiatique permanente, le contexte est toujours plus fort que le texte et la parole présidentielle, aussi articulée soit-elle, prend une acception bien particulière. Dans ce cas précis, le président dit vouloir parler d’Europe mais le pays est préoccupé par autre chose…par les réformes du code du travail sur lesquelles on attend la parole élyséenne. Et donc, au lendemain d’une proposition de réforme de la retraite des cheminots (qui est toujours à 52 ans), le mot « fainéant » était forcément pour eux. Quand j’ai entendu le mot du président –avant de voir tout le discours- et compte-tenu du contexte national, c’est du moins ce que j’avais compris. Mais voilà, le contexte est –c’est la grande leçon du jour- plus fort que le texte, surtout quand le texte veut jouer de l’ambiguïté. Il peut y avoir des ambiguïtés maîtrisées et même utiles : le fameux « je vous ai compris » de Gaulle en 58 à Alger était ambigu à dessein … qui avait-il compris ? Les indépendantistes, les pros Algérie française ? Chacun l’a pris pour soi et ça a calmé –un temps- une situation très critique. Une parole de bienveillance ambiguë comme celle-là peut, au pire, ne pas faire de mal, une accusation (fainéant) avec une cible pas clairement déterminée, en revanche, altère la parole de celui qui la prononce.

Pourtant, dites-vous, le discours était intéressant !

Oui très ! Il y a eu en fait 2 discours, et ce mot prononcé dans le second a teinté tout le voyage ! Pourtant, prenez, par exemple la proposition de constituer des listes transnationales pour les élections européennes ! Voilà un sujet de débat utile lancé par le président, propre à enfin susciter l’émergence d’une opinion publique européenne. Sans ce mot « fainéant », on aurait ce weekend, ce matin, parlé de cette proposition et d’autres qui se trouvent dans un discours fondateur. Mais cette proposition de listes européennes mérite quand même que l’on s’y arrête… ce sera le thème, puisque la qualité du débat est une responsabilité partagée entre les leaders politiques et les commentateurs politiques que nous sommes… ce sera donc le thème d’une très prochaine chronique !

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