Richard Ferrand sera donc le prochain président de l’assemblée...

Richard Ferrand président de l'Assemblée nationale, est-il taillé pour le job ?
Richard Ferrand président de l'Assemblée nationale, est-il taillé pour le job ? © AFP / JOEL SAGET

Oui, un poste plus important qu’il n’y paraît pour faire vivre la démocratie au jour le jour parce que nos institutions donnent au président de la République un pouvoir inédit parmi les grandes démocraties dites libérales. Un pouvoir même sur le travail du parlement puisque c’est très largement le chef de l’Etat et son 1er ministre qui maîtrisent l’ordre du jour des deux chambres. La fabrication des lois est, en réalité, seulement négociée à la marge, puis validée sur ordre par le parlement. Même la plupart des propositions de lois, donc d’origine parlementaire (à l’inverse des projets de lois qui sont d’origine gouvernementale), même les propositions de lois sont inspirées par les ministres… comme les amendements issues de la majorité qui sortent, en fait, souvent des cabinets ministériels. 

Pour adoucir ce déséquilibre et faire en sorte que le parlement ne soit pas qu’une chambre d’enregistrement, un théâtre d’ombre, il est important que le président de l’Assemblée soit une personnalité de caractère avec un certain poids politique propre. Le déséquilibre est dû tout autant à la lettre de la constitution qu’à l’esprit dans lequel elle est appliquée. Le fait majoritaire, c’est-à-dire la domination écrasante que notre système électoral offre au parti du président, prédispose à faire des députés de la majorité une armée de godillots. Si le président de l’Assemblée n’est que le godillot en chef, la courroie de transmission de l’Elysée, alors il appauvrit gravement la démocratie quotidienne.

Qu’en sera-t-il de Richard Ferrand ?

C’est un parlementaire expérimenté... il fut, avant d’être séduit par le ministre de l’économie Emmanuel Macron, un quasi frondeur de la majorité hollandaise. Il n’est donc pas constitutivement acquis à la culture godillotte ! Voilà un bon présage. Mais le problème, c’est qu’il ne semble avoir aucune distance politique et même personnelle avec le président. C’est un fan absolu ! Le 1er parlementaire rallié en 2014. 

C’est aussi lui qui a insisté, par exemple, pour que la commission d’enquête sur l’affaire Benalla  n’aille pas trop loin et n’auditionne pas trop les membres de l’Elysée. Il faudrait qu’il coupe le cordon, qu’il fasse la balance entre son admiration pour le président et le fait que maintenant il représente le pouvoir parlementaire, séparé de l’exécutif selon l’un des principaux principes démocratiques ! 

Les grands présidents de l’assemblée que furent Jacques Chaban-Delmas, Edgard Faure, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Philippe Séguin, Claude Bartolone (il y en a finalement eu pas mal) avaient tous un poids politique propre et s’attachaient, en tant que 4ème personnage de l’Etat, garant de la diversité des opinions politiques des Français, à juguler (au moins à négocier) l’inévitable emprise de l’exécutif sur tout le processus législatif. 

Dans la configuration politique actuelle, avec un parti au pouvoir sans racines ni colonne vertébrale, sans expérience, ni cadre idéologique précis, le risque de personnalisation et de concentration du pouvoir à l’Elysée est encore plus grand ! Richard Ferrand est-il taillé pour faire vivre la séparation des pouvoirs ? On verra à l’usage... Il va sans doute lui falloir relire très vite Montesquieu ou John Locke !

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