C'est la rentrée parlementaire et c’est l’occasion pour chaque parti de régler ses positions sur les grands sujets du moment. Et bien sûr l’écologie domine. Tout le monde veut se verdir... Thomas Legrand propose un feuilleton ces prochains jours : où en est chaque parti sur ce thème ? Ce matin : le RN.

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National
Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National © AFP / Eric Piermont

On vient de loin... Pour Jean-Marie Le Pen, l’écologie, je le cite,  était ‘_une religion de bobos_.  Il n’y a pas si longtemps, le RN contestait la réalité du réchauffement climatique. Mais le soir  tombe et il est bien obligé de constater que la nuit existe. 

L’idée la  plus évidente c’est bien sûr le localisme, comme le théorise l’essayiste  Hervé Juvin. Le localisme permet  d’adapter  le fameux ‘je préfère mes filles à mes voisines, mes voisines à des étrangères’ en (plus consensuel) je préfère le bœuf français au bœuf espagnol et le bœuf espagnol au bœuf brésilien’. 

Le localisme permet aussi de valoriser le terroir et donc  l’identité, l’enracinement, la tradition donc le conservatisme. Marine Le Pen n’en est pas cependant à s’inscrire à l’AMAP de Montretout à  Saint-Cloud ! La droite radicale conservatrice, catholique, parle, elle, ‘_d’écologie intégrale_ et  évoque le supposé ordre  naturel (création divine) qui plaiderait contre la tolérance à l’égard de l’homosexualité, de la PMA et de la GPA, devenus donc des sujets écologiques. Façon aussi de s’opposer au droit  à l’avortement et aux conquêtes féministes. 

Une partie de  l’extrême-droite préfère parler (avec la théoricienne néonazie  écolo-radicale Maximani Portas) _d’_écologie des populations, prônant une sorte de malthusianisme et une forme d’apartheid pour préserver la diversité humaine en évitant tout mélange et métissage.  

Le RN ne va pas jusque-là  

Non,  bien sûr, Marine Le Pen préfère voir dans l’écologie surtout une justification de son opposition au ‘libre-échangisme’. Parce  que l’écologie plaide aussi pour la baisse des échanges commerciaux  internationaux et donc –estime-t-elle- pour le protectionnisme et le  retour des frontières. 

Enfin, le réchauffement climatique finit par  offrir un puissant argument contre l’immigration dite massive puisque -paraît-il- la majorité des migrants de demain seront des migrants climatiques. 

Mais quid de la Nation ? Le RN est  nationaliste (c’est marqué dessus), or le réchauffement, la pollution,  ne connaissent pas de frontières et les solutions sont  soit très locales soit globales… très peu nationales. L’échelon préféré  du RN est le moins opérant (hors protectionnisme) pour la question environnementale. Le souverainisme est mis à mal par l’interaction et la  globalisation de la menace écologique. 

Ce qui  se passe en Amazonie ne regarde pas que les Brésiliens, la consommation massive de charbon en Pologne est un sujet qui dépasse la souveraineté  polonaise. Il faut donc, pour être écologiste, vanter le multilatéralisme et même des formes de gouvernance supra  nationales qui ne sont pas du tout du goût de l’extrême-droite. 

Pour  l’instant, le RN se contente de picorer des solutions, triées et  interprétées, pour valider les grands traits de son programme, plutôt  que de tenter de théoriser (travail intellectuellement  beaucoup plus fastidieux et peut-être impossible) une vraie pensée  écologiste de droite radicale.

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