On y arrive ! Le premier tour de la présidentielle, c'est dans 10 jours exactement ! Et tout le monde ne va pas voter avec un bulletin, une enveloppe et dans l'isoloir - ce qui fait grincer des dents, notamment du côté des blogueurs. ça fait plus que grincer des dents, ça pétitionne même sur Internet. 52 724 électeurs ont déjà signé en ligne pour refuser de faire leur devoir de citoyen en appuyant sur un bouton ! Alors de quoi s'agit-il ? Et bien le 22 avril, dans 80 villes françaises, un peu plus d'un million d'électeurs ne fera plus le chemin traditionnel, bulletin, enveloppe, isoloir, urne - mais se retrouvera devant une machine à voter, ou plus exactement un ordinateur, cliquera sur une touche pour choisir son candidat et sur une autre, pour confirmer son vote. Fin du vote manuel, vieux de plus de 2 siècles. Formidable non le progrès technologique ? Les maires qui ont choisi cette formule en vantent les mérites : économie de papier, et donc souci écologique, lutte contre la fraude, rapidité du dépouillement. Les citoyens qui en contestent l'usage retournent les mêmes arguments : l'économie de papier par exemple, on ne va pas leur faire, c'est surtout l'envoi des programmes électoraux et profession de foi qui coûtent des arbres pendant une campagne, plus que l'impression des bulletins de vote. Mais en réalité ce qui les inquiète le plus, c'est le manque de fiabilité de ces machines à voter. Le ministère de l'intérieur a agréé 3 types d'ordinateurs, marques américaine, espagnole et hollandaise. 2 au moins sont contestés dans leur propre pays. Le problème d'un ordinateur, c'est qu'il peut bugger, qu'il peut être piraté, et puis l'opération électorale pose des problèmes très spécifiques : L'impossibilité par exemple de recompter les votes, puisqu'il n'y a pas de bulletin matériel. Le dépouillement est certes immédiat mais il est aussi définitif. Or le système n'est pas infaillible, dans un état américain, des ordinateurs ont compté 144 000 votants dans une circonscription de 19 000 inscrits. Dans ce cas là, l'erreur est manifeste mais si elle ne l'est pas ? Les sites revendicatifs sur la question réclament au moins une copie papier du vote électronique - ça commence à faire aux Etats-Unis. Le débat fait donc rage sur internet, où s'expriment surtout il faut le dire, ceux qui contestent l'utilisation d'un tel système. Certains maires ont d'ailleurs refusé par souci éthique ou de fiabilité l'installation de telles machines. Mais ce qui se cache derrière ce combat, c'est la peur de perdre encore un pouce de terrain face aux techniciens, aux experts, aux informaticiens en l'occurence. Et si face aux doutes nourris contre la politique et les politiques, il ne restait que ça de sûr au citoyen, son bulletin qu'il met dans l'urne. Du concret ça, du tangible, du papier, du papier qui veut tout dire, qui dit qu'une voix en égale une autre, que cette voix là, engage celui qui la reçoit. Une voix que l'on choisit dans le secret de l'isoloir, ça a du sens aussi, l'isoloir. La dématérialisation du vote angoisse car elle introduit tout à coup un nouvel intermédiaire entre la voix et son destinataire. Elle instille le doute aussi. Et franchement, à l'ère du soupçon sur la politique, ce n'était peut être pas très utile cette once de doute supplémentaire.

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