Manuel Valls a donc donné en partie satisfaction aux organisations de jeunesses. Est-ce de nature à tarir les mouvements de contestation ?

Peut-être, en raison de la combinaison de ces mesures (un pansement) et des vacances (une anesthésie). Ces mesures touchent aussi bien les apprentis que les étudiants et les jeunes diplômés. Elles portent sur le logement et les revenus, et peuvent apaiser une partie des difficultés croissantes de la jeunesse. La porte de l’emploi ne s’ouvre pas mais les jeunes obtiennent de quoi patienter plus facilement. Quelques magazines attrayants pour la salle d’attente. C’est en réalité, un échec de l’ambition initiale du président. François Hollande, en plaçant la jeunesse au cœur de son projet, ne pensait pas particulièrement à ces mesures catégorielles, en contradiction, en plus, avec un autre objectif, celui de réduire les déficits. Le président n’a donc pas réussi à mobiliser la société et à convaincre les partenaires sociaux d’élaborer avec lui un modèle qui intègre vraiment la jeunesse en fin d’études supérieures ou techniques, avec un parcours plus flexible (on dit ‘agile’ pour faire moins peur). C’est une nouvelle preuve de son impuissance.

Dans ces cas-là on accuse les corporatismes, le conservatisme social français…

Sauf que –et ce sera le refrain lancinent de ce quinquennat- François Hollande ne s’est pas fait élire pour ça. La philosophie qui sous-tend la réforme El Kohmri consiste à briser certains droits formels du travail qui entraveraient l’embauche et à créer d’autres droits notamment à la formation personnalisée, indispensables dans une économie ouverte qui n’est pas remise en cause. Pour faire accepter ce changement de logique, encore aurait-il fallu, le théoriser tout haut ! Il ne s’agit pas ici de dire que cette logique est la panacée. C’est peut-être le cas, beaucoup d’économistes en doutent. Mais simplement, que personne, et certainement pas les électeurs de François Hollande n’ont jamais voté pour ça. Pourtant aujourd’hui, ces mêmes électeurs placent Emmanuel Macron et Manuel Valls en meilleurs situation que François Hollande pour la présidentielle. Ces deux personnalités, sont, paradoxalement, celles qui assument le plus clairement la logique sociale libérale. La question est de savoir (Jacques Delors se l’était posé en son temps et y avait répondu en renonçant à briguer l’Elysée), la question est donc : peut-on se faire élire dans le cadre de nos institutions avec un tel discours qui ne correspond pas aux configurations partidaires droite/gauche classiques ? Une autre façon de faire de la politique, c’est maintenant ce que proposent les mouvements citoyens, de plus en plus nombreux, et qui frappent à la porte du monde politique. C’est aussi ce que suggère la candidature (on peut déjà l’appeler comme ça) Macron, ou la non-candidature provisoire Hulot. En somme, peut-on ambitionner de réformer la société (dans un sens ou dans un autre) sans d’abord réformer la façon de faire de la politique ? Problématique résumée par cette formule qu’un grand penseur contemporain me soufflait hier à l’oreille (Dominique Seux) : Certes, il faudrait plus de CDI souples pour les jeunes mais surtout plus de CDD non renouvelables pour les responsables politiques.

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