Ce matin, notre sondage Ipsos-Steria : le carré de tête.

Un sondage qui va dans le sens de tous les autres et qui dessine une incertitude complète. Quatre candidats peuvent se qualifier pour le second tour. Si deux d’entre eux surnagent depuis des semaines (Marine Le Pen et Emmanuel Macron à égalité dans le nôtre ce matin, autour de 24 %), deux autres suivent, pas loin. François Fillon stagne solidement à 18 % tandis que Jean-Luc Mélenchon connaît un engouement spectaculaire et passe même devant le candidat de la droite. Et comme, en campagne électorale, la dynamique compte pour beaucoup, la situation de Jean-Luc Mélenchon n’a rien à envier à celle des deux candidats de tête.

Quatre candidats, cela fait six possibilités de duels au second tour. Cette incertitude est totalement inédite depuis la première élection au suffrage universel direct en 1965. Six possibilités de second tour, autant de choix binaires et frontaux : Macron/Le Pen reste à ce jour le plus probable, Fillon/Le Pen, Fillon/Mélenchon ; Macron/Fillon ; Mélenchon/Macron ou, le plus détonnant Mélenchon/Le Pen. Dans tous ces cas, la moitié au moins du corps électoral sera particulièrement frustrée à l’issue du premier tour et les trois-quarts après le second. Lors des précédentes élections, on pouvait classer les candidats en deux catégories, deux familles, droite et gauche, dont on savait par avance qu’elles allaient, bon gré mal gré, se réunir entre les deux tours, puis préparer, de concert, les législatives avec des accords de désistement. L’extrême droite s’était ajoutée à ces deux familles mais le pouvoir se distribuait alternativement entre deux blocs.

Cette fois-ci, rien de tel !

Non, les quatre candidats qui peuvent espérer devenir président sont chefs de leur chapelle. Une chapelle indépendante des trois autres. Le rassemblement de l’entre-deux-tours se fera donc par défaut, par rejet. Seul Emmanuel Macron dit vouloir gouverner avec une partie des autres mais même lui propose une trajectoire législative sans accords possibles. Nous atteignons le paroxysme de notre façon de faire de la politique, par la recherche de l’absolu, du tout ou rien, de l’affrontement plutôt que du compromis ou du contrat. Aucun candidat ne dépasse 24 % et celui qui sera élu devra donc passer en deux semaines d’une petite vingtaine de pour cents à plus de 50 % sans faire aucun accord politique. Rien que sur sa personne ou sur le rejet de l’autre. Ce n’est peut-être pas tant la cinquième République qui est en cause mais le mode d’élection du président établi en 1962, taillé pour De Gaulle, un personnage hors normes, dans une situation de décolonisation délicate, à la sortie de la guerre d’Algérie ! Cette élection, aujourd’hui, infantilise les citoyens, les transforme en fans plus qu’en acteurs de débats politiques. Tout le monde reconnaît et dénonce ces dérives, cette mystique anachronique du grand homme, mais quand l’un d’eux, comme Benoît Hamon, refuse d’entonner le « moi ou le chaos », il sombre. On aime détester… ou l’on déteste aimer la figure du roi que l’on s’empressera de décapiter politiquement. Est-ce la forme de nos institutions (particulièrement de ce mode d’élection) ou notre caractère national qui nous mettent dans une situation démocratiquement insatisfaisante ? Question de philosophie politique que nous n’allons pas résoudre ici…

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