Ce qui se passe en ce moment à Notre-Dame-Des-Landes met à mal une qualité que le macronisme s’était auto-attribué pour s’affirmer progressiste pendant la campagne de 2017. Il amalgame gravement "alternatif" (même radical) avec "extrémisme".

Un manifestant lance une bombe lacrymogène contre les forces anti-émeutes alors que des affrontements éclatent lors d'une opération de police visant à raser le camp de ZAD (Zone à Defendre) à Notre-Dame-des-Landes.
Un manifestant lance une bombe lacrymogène contre les forces anti-émeutes alors que des affrontements éclatent lors d'une opération de police visant à raser le camp de ZAD (Zone à Defendre) à Notre-Dame-des-Landes. © AFP / Loïc Venance

Le manque de discernement (visiblement volontaire!) dans la façon de faire évacuer la ZAD montre que la verticalité autoritaire, le bonapartisme macronien, prend le pas sur l’horizontalité revendiquée. Tout le monde concevait qu’une fois la décision prise de ne pas construire cet aéroport, NDDL devait redevenir une zone de droit….même, s’il le fallait, par la contrainte. Il y a sur place plusieurs types de zadistes :  des militants très durs, extrémistes, pour le coup, et des militants écologistes, alternatifs qui avaient développé, avec des paysans du coin, un peu comme dans le Larzac, des expériences de permaculture… Les premiers, c’est vrai,  ont permis stratégiquement au second de tenir le terrain pendant des années… Ils étaient en train de se séparer mais l’opération policière musclée les réunit à nouveau. On peut les tourner en dérision, les diaboliser tous, s’inquiéter de leur marginalité entretenue… toujours est-il qu’en ces temps de grande insécurité culturelle, de doute existentiel à propos de notre civilisation productiviste et vorace, quelques jeunes se radicalisent (d’une certaine façon), non pas aux extrêmes politiques ou religieux mais en essayant de vivre et tenter (plus que de prôner d’ailleurs) d’autres rapports de production agricole et d’autres rapports sociaux … Est-il vraiment utile de les écraser dans l’œuf  (pour se refaire une image d’autorité) après leur avoir cédé politiquement sur le choix de ne pas construire l’aéroport ? 

Mais l’Etat est quand même garant de la légalité…

Oui et c’est là que le discernement aurait été nécessaire. Il y avait des fermes, fabriquées en bois (comme la ferme des 100 noms) par des zadistes et des agriculteurs. Ces terres préservées grâce à eux de tout pesticide et béton depuis 40 ans constituent (si près d’une agglomération) un champ d’expérimentation d’agriculture propre, sans équivalent. Ils n’en réclament pas la propriété mais (puisqu’ils sont à l’origine de leur préservation) que la puissance publique leur permette de tenter quelque chose d’alternatif. Ça doit se faire bien sûr dans un cadre légal, avec des conventions particulières, comme ça s’est fait au Larzac. Pour cela, faut-il tout détruire ? Au contraire, les zadistes, vraiment écologistes, souvent diplômés en biologie, ingénieurs agricoles, paysans, ou juste idéalistes dégoutés par le consumérisme, risquent maintenant de se tourner (plus loin hors la loi) vers une forme de radicalité et de violence. Il semble que deux lignes se soient opposées au sein du gouvernement sur la façon de faire évacuer la zad. Qui, à la tête de l’Etat, a poussé à la politique du bulldozer, du flashball et de la grenade offensive ? En tout état de cause, Emmanuel Macron est le responsable. Bien sûr, il n’est pas trop tard pour que cette terre sauvée devienne quand même une terre d’expérimentation… Mais pour l’instant, avec cette opération, la promesse de modernité et d’horizontalité de 2017 est écrasée par la verticalité jupitérienne du macronisme d’Etat.

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