Il était jusqu'à ce week end, la bête noire des socialistes, celui qui les avait fait perdre en 2002. Il était jusqu'à ce week end, un danger pour la gauche en 2007. Mais dimanche, Jean-Pierre Chevènement s'est finalement rallié à la candidature de Ségolène Royal. Un chiffre, des mots, une photo, un silence. 7,65%. Ce sont les 7,65% de voix qui ont manqué au candidat socialiste en 2002, effectués par les ex partenaires de la gauche plurielle Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement. C'est le potentiel électoral que vient de récupérer Ségolène Royal. Des mots ; ce sont ceux de Lionel Jospin ou de son épouse à l'encontre de Jean-Pierre Chevènement. Lionel Jospin à La Rochelle, cet été, qui avant d'étouffer un sanglot et sa propre responsabilité dans l'échec, accuse "5 candidats de la gauche en 2002, cela a garanti notre défaite." Sa femme, Sylviane Agacinski est plus explicite encore dans son "Journal Interrompu", le livre de la campagne; le 19 mars, elle s'interroge. "Pourquoi n'attaque-t-on pas davantage Jean-Pierre Chevènement ? dit-elle, il n'a rien à proposer que son rêve de réincarnation en De Gaulle. Je n'imaginais pas que Chevènement serait celui qui renierait le plus cyniquement L. (L, c'est Lionel)". Une photo : c'est celle dimanche de Ségolène Royal aux côtés de Jean-Pierre Chevènement. L'accord est conclu, une défection contre 10 circonscriptions. Enfin un silence... celui de Lionel Jospin. Rien ce matin sur son blog, pas une réaction. Colère ou consternation ? Le ralliement de Jean-Pierre Chevènement à Ségolène Royal, c'est la dernière trahison de celui qu'il considéra longtemps comme un ami. C'est aussi le signe que celle qu'il voit comme une candidate de peu, réussit là où il a échoué. L'agrégation pourtant de Jean-Pierre Chevènement n'est pas une surprise. L'annonce de sa candidature n'avait pas fait "turbuler" le système. Alors une bonne négociation sur les circonscriptions, menée en direct par Ségolène Royal, une connivence rappelée sur la Nation, la République et la manière de traiter les "sauvageons", un dernier clin d'oeil appuyé au pourfendeur de la constitution européenne, en canardant jeudi à Porto le dirigeant de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le tour était joué ! Joli coup... Electoralement le gain est difficilement quantifiable, mais symboliquement, c'est assez réussi pour Ségolène Royal. Elle réunit les ex Oui et les ex Non, elle que ses concurrents disaient incapable de parler au-delà du PS, séduit ses partenaires avant le premier tour. Mieux, elle, que l'on suspecte parfois d'errance idéologique, se voit pourvue avec Jean-Pierre Chevènement, d'une once de rigidité doctrinaire. En réalité, Lionel Jospin devrait sortir de son silence pour se féliciter de ce nouvel attelage. Car sans lui, sans le 21 avril 2002, rien de ce qui arrive aujourd'hui n'aurait été possible pour Ségolène Royal. C'est parce que lui a enduré l'épreuve de la division, qu'elle peut aujourd'hui se prévaloir de faire l'union - même avec celui qui au fil des ans et du ressentiment était devenu le meilleur ennemi de Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement.

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