Le colonel Kadhafi poursuit sa visite en France, sans se soucier des polémiques qu'il soulève sur son passage, sans respecter les convenances dites "diplomatiques". Le problème avec les dictateurs, c'est qu'on ne peut pas leur faire confiance. On leur déroule le tapis rouge, on leur fait passer en revue la garde républicaine 4 fois de suite dans la journée, on leur passe tout, quitte à ternir un peu l'image de la patrie des droits de l'homme. Mais on affirme que c'est pour la bonne cause. 20 milliards de contrat en Chine, 10 paraît-il avec la Libye. "Moi je fais ça pour les ouvriers français" expliquait lundi soir Nicolas Sarkozy ! On tord tant qu'on peut la réalité, "le colonel Kadhafi d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui d'hier" nous a-t-on répété sur tous les tons depuis quelques jours. On se met à mal avec son opposition, ce qui n'est pas si grave, mais aussi avec sa majorité, voire son gouvernement, ce qui est déjà plus ennuyeux. Et qu'obtient-on en échange ? Des contrats certes. Mais de relation de confiance, point. Car c'est la marque de fabrique d'un dictateur. Il n'a de compte à rendre à personne alors il peut dire et faire n'importe quoi. Devant la presse lundi, Nicolas Sarkozy assurait avoir demandé à son homologue libyen de "progresser" sur le sujet des droits de l'homme. Et c'était censé faire taire toutes les critiques. Même démonstration qu'en Chine avec des dirigeants pas tellement plus démocrates : "C'est vrai je parle avec eux dit en substance le président français, mais au moins je leur dis leurs 4 vérités", démonstration in situ d'une nouvelle diplomatie qui se voudrait "morale". Mais voilà, le colonel n'est pas homme à jouer le jeu, ou à s'abaisser à respecter des convenances qu'il doit juger toute "occidentales". Hier, il réfute les propos tenus "nous n'avons pas évoqué ces sujets le président Sarkozy et moi". "Si, si", est obligé de corriger le secrétaire général de l'Elysée, qui va jusqu'à engager son honneur, et son ouïe, "Nicolas Sarkozy a parlé des droits de l'homme au colonel Kadhafi, à 2 reprises" précise-t-il. Qui dit vrai ? Qui ment ? Au moins l'un des deux, mais c'est parole contre parole. Et comme si cela ne suffisait pas, le dirigeant libyen en rajoute sur le Darfour, critiquant l'internationalisation du conflit, quand la France est le pays qui a plaidé le plus fortement pour une implication internationale dans la région. Enfin, au siège de l'Unesco, il juge bon de donner des leçons au pays hôte sur le respect des droits des immigrés. La leçon que nous devrions, nous, tirer de son passage ? On ne change pas Muammar Kadhafi... Dans un autre contexte, de tels désaveux seraient qualifiés d'incidents diplomatiques. Mais là, il faut croire que monsieur Kadhafi peut tout se permettre, tout dire, tout faire, respecter ou non les droits de l'homme, acquiescer ou pas à la politique étrangère de la France ; qu'importe. Le problème, c'est que toutes les arguties développées par Nicolas Sarkozy pour défendre sa "diplomatie morale" semblent tomber d'elles mêmes. Et les rebuffades kadhafiennes, qui ne s'attirent aucune réaction française significative, ne disent qu'une chose : la France semble avoir abandonné toute ambition diplomatique au seul bénéfice de l'efficacité commerciale. Mais si c'est pour le bien des ouvriers français, que peut-on opposer à cela ???

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