Deux informations font le buzz de la politique ce matin. La première, ce sont les déclarations de Bruno Julliard, l’ancien leader étudiant des manifestations anti-CPE. Aujourd’hui, Bruno Julliard est membre de la direction du PS, il vient d’intégrer l’équipe de Martine Aubry. Et mercredi dernier, invité d’une émission du Mouv’, il déclarait que lors du mouvement de 2006, il avait reçu un coup de fil de Nicolas Sarkozy qui lui expliquait qu’il était contre le CPE et qu’il était son premier soutien. Il lui laissait clairement entendre qu’en continuant les manifestations, ils obtiendraient satisfaction. Rappelons que Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur, donc chargé de réprimer les manifestations et bien sûr, officiellement favorable, comme tout le gouvernement, au CPE ! Rappelons aussi que l’échec du CPE, c’était le début de la ruine des ambitions présidentielles du Premier Ministre, Dominique de Villepin. Bruno Julliard avoue d’une façon qui dénote aussi un certain cynisme de sa part, qu’il s’est servi de ce soutien du ministre de l’intérieur : « nos intérêts étaient momentanément convergeants » dit-il. On pourrait se dire, en habitué du jeu politique : c’est de bonne guerre, le leader étudiant décèle une faille dans l’exécutif, il en profite… c’est malin. Le problème c’est que c’est beaucoup trop malin. Soit il s’est servi de cette manipulation, il y a même participé et là, il ne dit rien. Soit cette manipulation le choque et il la dénonce au moment où elle se produit ! Bruno Julliard choisit une autre voix : il la dénonce après. Alors ce n’est pas la première fois qu’il le dit, le leader étudiant l’a même raconté dans son livre mais bizarrement, ça n’a pas eu le même écho qu’aujourd’hui. Il se trouve que l’un des protagonistes est devenu Président et que l’autre est maintenant l’un des dirigeants du principal parti d’opposition. Sa parole prend un tout autre relief. Cette histoire dit des choses que l’on savait déjà sur les profondeurs du caniveau où se joua la compétition Villepin/Sarkozy. Et même si ce n’est pas une question primordiale, on aimerait bien, d’un point de vue historique, demander au Président ce qu’il en est. Dans n’importe quel autre grand pays démocratique, c’est d’ailleurs ce qui se passerait. Il suffirait d’attendre la prochaine conférence de presse. Il se trouve qu’en France, bizarrerie que nos confrères étrangers ne comprennent toujours pas, il n’y a pas de conférence de presse présidentielle. Ou presque pas… une en un an et demie ! Deuxième fait politique. Il s’agit de la fin d’un article du journal « Le Point » de cette semaine consacré à la ministre de la justice, Rachida Dati. Je cite « à l’heure de la curée, Rachida Dati, qui connaît les histoires de famille et du département des Hauts-de-Seine pour s’être occupée pendant quelques temps, en 2005, du secteur sensible des marchés publics, saura, le cas échéant, se rappeler aux bons soins de son protecteur ». Les marchés publics des Hauts-de-Seine, c’est donc une menace très claire envers Nicolas Sarkozy. La ministre de la justice n’a - pour l’instant - pas cru bon démentir cette information qui date d’avant-hier et Denis Demonpion, l’auteur de ces lignes, maintient et confirme son information. Selon lui, Rachida Dati ou son entourage croit détenir une arme de dissuasion massive. Là encore, soit la ministre dément formellement, s’insurge contre l’article, soit elle est en possession d’informations compromettantes, et comme tout citoyen est sensé le faire, elle les transmet à la justice - en l’occurrence ce n’est pas très loin pour elle. Ce n’est pas joli joli tout ça. Parfois, on a un peu le même sentiment qu’Ernest Hemingway qui disait « chacun de mes contacts avec la politique m’a donné l’impression de boire dans un crachoir ». Mais ce n’est pas toujours aussi sombre la politique. Lundi, promis, un édito sans magouille, sans coup bas ni chausse trappe. Reste tout le week-end pour trouver !

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