« Produire et acheter Français » : voilà le mot d’ordre à la mode chez tous les candidats à la présidentielle.

Oui avec quelques variations plus ou moins cocardières, c’est vrai que l’ensemble des partis politiques (à l’exception notable des écologistes, derniers internationalistes) cèdent au patriotisme économique. Quand, François Bayrou, centriste, héritier naturel des fondateurs de l’Union européenne, lui-même, affirme qu’il faut acheter français, c’est un signe des temps et c’est d’abord l’un des signes de l’échec de l’Europe. Les produits allemands, italiens ou espagnols, sont donc, pour nous, des produits étrangers. Le « made in Europe » n’existe pas dans nos esprits. Vous remarquerez que nos candidats n’aiment rien tant que d’organiser des visites d’usines françaises. On valorise l’industrie nationale. Le nationalisme économique va avec l’industrialisme… François Hollande et Nicolas Sarkozy, en particulier, ne vont jamais se faire filmer dans un centre d’appel ou dans l’open space d’une compagnie d’assurance…. Ils adorent mettre des blouses blanches et des charlottes sur la tête dans les ateliers de fabrication de produits de hautes-technologies, des casques de chantier et des gilets jaunes dans les usines de constructions lourdes et « made in France ». Ils adoptent tous les deux la même scénographie, importée de la première campagne de George Bush en 2000 : debout, le micro à la main, au milieu d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs réunis entre les machines au cœur d’un atelier. Ils sont filmés de l’extérieur du cercle. Le candidat ou le président-candidat parle dans une posture de chef d’équipe, ou à la façon d’un syndicaliste. On doit sentir qu’il est de ce monde, ce monde de la production, de l’industrie, qu’il est avec eux, prêt à faire tomber, pour eux, les barrières de l’exportation et en même temps, capable de dresser des remparts contres les importations. Ça parait impossible mais c’est pour ça que c’est beau !

« Produire et acheter français ». Est-ce un slogan efficace ?

Politiquement, peut être… économiquement c’est assez discutable. Combien de produits ont-ils encore une nationalité ? Comment reconnaître les produits ? On peut acheter sans peine des fraises et des tomates françaises mais à part des produits artisanaux ou agricoles, le « made in France » veut souvent surtout dire simplement « assemblé en France ». Le particulier pourra toujours choisir Peugeot plutôt que Volkswagen. Quoique ! En achetant une Toyota, il fait travailler des ouvriers de Valenciennes et en achetant une Renault, on n’est pas toujours sûr de favoriser l’emploi en France. Dans la vie de tous les jours, pour les produits d’alimentations transformés, l’habillement, l’électroménager, les jouets, etc. il est impossible de connaître la vraie nationalité d’un produit. Le patriotisme économique, si tant est qu’il faille vraiment le pratiquer, ne peut l’être, finalement que par la puissance publique… et encore dans les limites des règles d’appels d’offres. Pendant que l’on exhorte les Français à acheter français pour sauver l’industrie et donc le modèle social français, on apprend que les cartes vitales (justement, symbole du modèle social français) seront désormais fabriquées en Inde et plus par le SELP, une PME de Mareuil-sur-Belle en Dordogne. « Achetez français » devrait donc surtout être un slogan venu de la population vers les élus et les candidats, plutôt que le contraire.

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