Jean-Marc Ayrault a fustigé hier les exilés fiscaux qui cherchent, dit-il, à "s'exonérer de la solidarité avec les autres Français". Est-ce la bonne méthode pour les retenir ?

Sans doute pas, mais il n’y en a pas beaucoup d’autres. Ces arguments que l’on pourrait juger moralisateurs venant de l’Etat touchent juste et ont une pertinence particulière dans un pays où la puissance publique est largement impliquée dans l’économie. Les raisons invoquées par les exilés fiscaux vont de l’appât du gain sans vergogne jusqu’au sentiment sincère de se faire persécuter ou d’être complice d’une politique fiscale destructrice… Elles vont donc du pitoyable au désolant ! Mais puisque c’est le cas de Gérard Depardieu qui fait la Une, prenons l’exemple de l’industrie du cinéma. La France est une exception mondiale en la matière. Son cinéma est florissant, riche et exportateur. Gérard Depardieu y a fait recette, grâce bien sûr à son talent, mais aussi grâce à cette industrie dans laquelle la puissance publique, l’argent public jouent un rôle moteur. Les mécanismes de financement du cinéma français permettent des créations originales, n’empêchent pas (et même favorisent) les succès commerciaux. Ils fonctionnent aussi sur le modèle de la redistribution. Si Depardieu est à la tête de nombreuses affaires en dehors de l’industrie du cinéma, c’est bien grâce à sa carrière d’acteur populaire et donc largement grâce à l’Etat et aux contribuables français. Il suffit, pour s’en convaincre, de prendre la peine de regarder un générique jusqu’à la fin pour se rendre compte qu’au-delà des subventions du Centre National du Cinéma, chaque film est financé par des chaînes de télé publiques et a reçu des aides des ministères, des régions, des départements et des villes.

Sans compter le régime très onéreux pour les finances publiques, des intermittents du spectacle…

Oui, un régime qui permet aux comédiens et aux techniciens du cinéma et de la télévision de vivre toute l’année, mais qui permet aussi aux stars fortunées d’évoluer dans une industrie de grande qualité. Les maisons de production françaises vont bien (et donc peuvent payer les stars) aussi grâce à ce système. Même le théâtre privé bénéficie indirectement de l’argent public puisque quasiment toutes les salles de spectacles à travers la France sont subventionnées par les collectivités locales. Les exils fiscaux de grands acteurs sont donc assez détestables mais l’argument de la solidarité nationale et même, pourquoi pas patriotique, peut s’appliquer bien plus largement. Bernard Arnault qui devient Belge a fait sa fortune sur la griffe « made in France », sur le savoir faire développé en France, sur l’artisanat de pointe, sur l’image du luxe français… on pourrait multiplier les exemples de cette forme d’ingratitude qui consiste à avoir fait fortune grâce aux contribuables français ou grâce à l’image de la France et à se soustraire à la solidarité nationale. La grande majorité des Français comprend ce qu’a voulu exprimer le Premier ministre. Mais il faudrait, pour que son argumentation imparable ne perde pas tout crédit, que l’on soit vite convaincu que le ministre du budget, lui-même, n’a pas eu de compte bancaire en Suisse !

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