Le phénomène Macron est-il une bulle médiatique ?

C’est la question qui taraude les socialistes embarqués dans leur primaire qui sent un peu le renfermé des congrès PS. Une primaire indéchiffrable avec chaque semaine un nouveau candidat dit du rassemblement ! Macron bulle, c’est aussi l’affirmation de toute une partie de la droite, en plein repli conservateur, qui espère que ce candidat, au profil et au programme propice à rogner au centre, va bientôt exploser en vol, victime du trop-plein de vide, puisque tel est le destin des bulles. Bulle médiatique, c’est ce que l’on se dit également du côté de chez Mélenchon… Ce n’est pas possible qu’un libéral, un banquier propret, impliqué dans l’échec du social-libéralisme initié depuis 2 ans, embarque avec lui une partie du vote populaire et de classe moyenne, alors que la gauche de la gauche tente désespérément, depuis des années, de raccrocher les wagons avec cette partie de la population ! Bulle se disent tous

ceux qui constatent que Macron, qui prétend rénover la politique, use et abuse, en fait, des grosses ficelles de la peopolisation, des unes de Paris Match et ces pathétiques scènes d’un naturel-négocié. Bulle, c’est ce que disent enfin les shootés à la vieille politique, ceux qui pensaient que, forcément, N.Sarkozy allait cornaquer la primaire de droite, que forcément F.Hollande allait se présenter.

Donc ce n’est peut-être pas une bulle ?

Bien, selon la mystique gaullienne, fondatrice de la Vème République personnaliste, dont les ressorts (on peut le regretter mais c’est ainsi) sont toujours en vigueur, l’élection présidentielle c’est la rencontre d’un homme (à l’époque on n’avait pas prévu l’hypothèse d’une femme) du peuple et (on oublie toujours ce 3èmeélement) des circonstances ! Les circonstances c’est à dire le contexte et les aspirations populaires qui en découlent. Et, il faut bien le constater : Macron coche beaucoup de cases des aspirations du moment : renouvèlement et dépassement du vieux système partisan et de ses figures. Et puis ces aspirations apparemment contradictoires à plus de liberté et plus de protection. Par une démonstration de force lors du méga meeting de vendredi, le candidat (qui doit encore apprendre à réguler les décibels de ses crescendos de fin de discours) a énoncé l’ébauche d’un programme (avec son idée de personnalisation des parcours) qui prétend répondre à cette double aspiration à plus de liberté et plus de protection. Il y a donc un candidat qui arrive à engendrer (pour l’instant) un engouement populaire, une organisation qui se structure au fil des mois, un projet dont on commence à voir vers quelle France il prétend nous amener. On peut approuver ou pas le contenu… le trouver encore un peu vaseux, mais pour une bulle ça commence à devenir chargé. Soit elle éclate rapidement, coincée entre un puissant Fillon et l’éventuelle force du débat de la primaire du PS… soit, ce n’est pas une bulle, il faudra compter avec la candidature Macron. Un destin politique éphémère et vain à la Jean-Jacques Servan-Schreiber ou l’incarnation du renouvellement qui accède au pouvoir (ou au moins à ses portes), imprévu et singulier, comme cela se passe en ce moment dans tant de démocraties fatiguées.

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