Les résultats des élections en Corse pourraient faire évoluer les rapports entre l’Etat et les collectivités locales…

Le 1er ministre va attendre pour répondre aux réclamations des vainqueurs de dimanche. Il les recevra en janvier mais là, il considère qu’ils ont été élus d’abord pour exercer leur mandat dans le cadre de cette nouvelle collectivité locale, pas spécialement pour réclamer plus de pouvoir. C’est institutionnellement vrai mais politiquement faux. Cette élection, comme toutes les élections, est aussi un message politique que l’exécutif va bien devoir prendre en compte. Cela ne veut pas dire que toutes les revendications seront acceptées, loin de là. Ainsi la co-officialité des 2 langues parait compliquée pour un Etat républicain parce que cela voudrait dire que les fonctionnaires basés en Corse devraient maitriser la langue… ce serait alors une forme de préférence régionale qui ne peut être de mise dans la fonction publique. Mais après avoir rappelé les principes républicains, l’exécutif devra – sans céder à ce qu’à Matignon on appelle les « revendications totémiques » des nationalistes- offrir des réponses à cette demande, démocratiquement approuvée, de plus d’autonomie. 

D’autant que le Président se présente souvent comme un Girondin

Oui, il a même parlé, le 4 juin dernier, devant le Congrès, à Versailles, d’un pacte girondin avec les collectivités locales.  L’époque jacobine et uniformatrice dans un monde ouvert, sans cesse en mouvement, est, de fait, révolue. La décentralisation de 1982 avait distribué des pouvoirs aux régions et départements mais toutes ces collectivités avaient les mêmes structures et les mêmes compétences. C’est toujours vrai, à quelques exceptions près, la Corse, Paris (qui est à la fois ville et département). Beaucoup de spécialistes de droit public ou d’élus locaux réfléchissent à une organisation territoriale à la carte. Pourquoi pas ? Déjà, les départements, dans certaines conditions, peuvent envisager des fusions. Certains les préparent. Ainsi depuis 2015, le département du Rhône et le grand Lyon ne font plus qu’un ! On peut imaginer dans l’avenir que les régions, les départements, puissent décider d’eux-mêmes, par exemple, du mode de scrutin pour leurs assemblées, réclamer des attributions particulières, dans le respect des principes républicains. L’Etat Nation survivra et même se renforcera, en acceptant qu’au niveau local, on s’organise de plus en plus comme on l’entend. Il est fini le temps où l’uniformité voulait dire égalité. Les révolutionnaires de 89 voulaient cette uniformité pour défaire les baronnies et créer un peuple uni et souverain. Sieyès, qui avait été chargé de la division départementale pour organiser la bonne et égale administration du pays, casser les vieilles provinces aux identités féodales, avait même été jusqu’à proposer une carte de France divisée en 90 départements carrés, tracé à la règle, sans souci de l’histoire et la géographie des territoires. Désormais le vertige de la mondialisation crée, partout, un besoin de proximité, d’organisation locale. C’est dans ce cadre, qui nécessite de l’imagination et de l’expérimentation, que la Corse et l’Etat pourraient le mieux trouver des solutions. Certainement plus que dans de vieilles revendications purement identitaires, voir ethnicistes… encore parfois formulées chez les nationalistes.

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