Ce matin… la solitude du président.

En écoutant hier, à ce micro, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, se débattre laborieusement pour expliquer l’augmentation du revenu des smicards, on est frappé par l’absence de relais dont dispose le chef de l’Etat. Aucun leader En Marche (hormis le Premier ministre, qui n’est d’ailleurs pas d’essence macroniste) n’a l’étoffe nécessaire pour épauler le président. A-t-il  fait le vide autour de lui ? Emmanuel Macron n’a, par exemple,  plus de rapport (ça parait incroyable mais c’est ainsi !) avec les économistes qui ont élaboré son programme, comme s’il avait eu des théoriciens pour conquérir le pouvoir et des praticiens (d’autres personnes, d’autres idées) pour la pratique de ce pouvoir… Ces autres personnes, qui sont-elles ? Comment ont été établis  les arbitrages du président ? Sur la base de quelles réflexions, de quels conseils, de quelles délibérations? Son parti n’a rien dit avant ! Ne pensait-il rien ? Il attendait, en fait, l’avis du président… Les marcheurs ont découvert, comme nous, les décisions du chef de l’Etat. Juste avant son intervention, personne ne savait, dans ce parti, s’il allait toucher à l’ISF, ajouter une tranche d’impôts … personne ne croyait possible une hausse du smic, ni un recul sur la CSG. C’est bien le signe de l’inanité idéologique de LREM (pourtant peuplé de militants engagés et de bonnes volontés), parti qui, par son caractère évanescent, laisse le président seul en piste. 

Aujourd’hui Emmanuel Macron se tourne quand même vers les syndicats et les maires…

Oui, après leur avoir dit pendant la campagne qu’ils seraient les ferments du changement, puis, à l’inverse, une fois à l’Elysée, après les avoir enjambés par souci technocratique d’efficacité, les revoilà à nouveau à l’honneur. D’où ce grand débat lancé sur tout le territoire… Des états généraux de tout ! Alors, c’est vrai, on ne peut pas à la fois fustiger la verticalité jupitérienne et critiquer la décision de s’engager vers la co-construction des solutions avec les acteurs de terrain. Mais la vaste liste des courses délivrée hier par le président, de ce qui devra être discuté avec les maires et les syndicats (on ne sait d’ailleurs pas vraiment comment et pour quel rendu), cette longue liste trahit une absence de but… et surtout, la transition énergétique, (qui justement pouvait faire office de grand objectif national, propre à être élaboré avec les citoyens et les élus locaux) ne semble plus être une priorité. L’écologie est banalisée entre la politique fiscale, les transports du quotidien, l’immigration, la laïcité et, c’est nouveau, un surprenant thème … je cite ‘l’identité profonde’ ! ‘Identité profonde’ ? Est-ce d’avoir déjeuné avec Nicolas Sarkozy vendredi ? L’ancien président qui se vante depuis d’avoir influencé le nouveau … Emmanuel Macron fait sans doute, dans l’urgence, ce qu’il peut pour décorréler l’opinion des Français et les Gilets jaunes, mais cette crise aura aussi révélé la solitude du président et le caractère nébuleux de sa ligne politique. Seul un effort conceptuel de la part de LREM pourrait redonner un sens au mandat en cours. Ce parti créé pour un homme, plus que pour des idées, en est-il capable ? La question se pose cruellement.

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