La réforme des retraites marque –dites-vous- une rupture nette avec la ligne réformiste telle que présentée pendant la campagne présidentielle…

De ce point de vu c’est un gros ratage ! Amoins que ce soit un risque assumé : passer en force, choisir d’être réformateurs (réformer pour ou contre) plutôt que réformiste (réformer avec). Alors que la campagne présidentielle était de facture plutôt mendeso-rocardienne (réformiste), avec promesse de réforme des retraites d’inspiration CFDT, ce qui sera finalement proposée a changé de nature. En y ajoutant une mesure d’âge, Emmanuel Macron acte sa rupture politique avec la CFDT. Pourtant, le corps électoral, dans son ensemble avait fait preuve d’une certaine cohérence… même par défaut. Il avait élu un président réformiste, et placé un syndicat réformiste en tête. Logiquement ces deux-là devaient s’entendre pour  enfin de réformer sans heurts. La retraite par points ne devait-elle pas contenir, en elle-même ses vertus financières, dans une trajectoire de stabilité de la part des dépenses vieillesse dans le PIB ? Et ses vertus sociales, permettant, par exemple à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir plus tôt ? La mesure d’âge casse la logique de la réforme. En 2017 Emmanuel Macron citait Mendès et de Gaulle. Edouard Philippe citait hier ces 2 illustres personnages ! S’il y a quelque chose de rassurant (au moment où les grands mouvements politiques perdent leur aura) à invoquer deux figures tutélaires, on s’aperçoit que, dans la mise en place concrète des réformes, cela tient un peu de l’entourloupe.

Pourquoi ?

Parce que Mendès (réformiste) et de Gaulle (réformateur) ne se sont jamais entendu, sur le plan économique, sur les institutions ou la façon de gouverner. On ne peut donc pas se revendiquer des deux à la fois. Edouard Philippe, d’une droite modérée et sociale, n’est pas un social-démocrate pour autant. Le choix (avec la bénédiction du président) de rompre avec le 1er syndicat de France, qui avait inspiré le projet pour les retraites, contredit l’idée selon laquelle la 2nde partie du quinquennat serait horizontale. En confiant les ministères de Bercy à des responsables de droite, Emmanuel Macron a choisi une trajectoire différente de celle qu’il avait suggérée pour se faire élire. Ce moment de vérité montre aussi les limites du ‘enmêmetemptisme’. En matière économique et sociale, en matière d’intendance, c’est-à-dire quand il y a des sommes à répartir, des catégories, forcément à favoriser et d’autres, forcément à défavoriser, il faut choisir son camp. Le Macronisme Mendès-de Gaulle de Macron ou de Gaulle-Mendès de Philippe risque de mécontenter les nostalgiques des deux. On ne peut pas prendre le meilleur des deux pour en faire un tout cohérent. Le président est dans la position du restaurateur qui, à la carte, au lieu du traditionnel ‘fromage ou dessert’, proposerait le meilleur du fromage ET le meilleur du dessert en même temps. On se retrouve (c’est indigeste) avec quelque chose comme un camembert au chocolat… Mais Emmanuel Macron, visiblement veut son brevet de réformateur à la française, c’est-à-dire, ayant triomphé de la rue. Signe que le macronisme 2022 est sur la pente d’un centre-droit des plus classiques... 

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