« Reporters sans frontières » publie son rapport annuel. L'association s'inquiète de la situation des journalistes dans certains pays où se tiendront, cette année, des scrutins essentiels. Mais rien sur la liberté de la presse en France. RSF, vigie indispensable de la liberté de la presse dans le monde, s'inquiète effectivement de la situation des journalistes au Pakistan, en Russie où, chaque année, des journalistes sont tués en exercant leur métier, en Iran, où, à quelques semaines des élections législatives, Mahmoud Ahmandinejad cherche à réduire encore l'impact des média. Il n'y a qu'à ouvrir la presse, "Libération" par exemple ce matin, qui raconte l'histoire d'un journaliste afghan qui défie la charia, pour découvrir que le combat pour la liberté d'exercer notre métier a un sens et une réalité ailleurs que chez nous. On est loin, très loin de notre affaire nationale du SMS et de l'attaque au pénal de Nicolas Sarkozy contre la diffusion de celui-ci. Et malgré les cris d'orfraie de certains qui ne sont pas loin de dénoncer les prémices d'un coup de force dictatorial, il serait peut-être bon de faire la différence entre une attaque en règle contre une liberté fondamentale, et une affaire de perte de repère et de sens commun. Et si, Nicolas Sarkozy n'avait pas tort ? S'il avait raison même de vouloir fixer une limite, de vouloir re définir la frontière entre vie publique et vie privée, quitte à le faire au prix d'une action en justice ? Ah certes, il a joué avec le feu Nicolas Sarkozy ! Il a été l'un des artisans de la dilution des repères justement. Il a donné en pâture de l'intime, du familial et du conjugal - il n'a d'ailleurs pas été le seul - Ségolène Royal ces derniers mois n'a rien à lui envier en la matière. Mais aujourd'hui, user de cet argument pour dire "ah, c'est lui qui a commencé, c'est pas nous", relève du réflexe infantile, voire déresponsabilisant. Ce n'est pas parce qu'il a commencé, ce n'est pas parce que parfois il continue d'en abuser, qu'il n'y a point de limite à respecter. Comment la fixer cette limite ? Et bien à nous de nous interroger chaque jour, sur chaque événement. "Le journaliste ne choisit pas, il raconte et rend compte" arguent aujourd'hui certains de nos confrères pour justifier de tout raconter. Et bien non ! Si un journaliste ne choisit pas, que fait il ? Un article ou un papier comme on dit en radio, ne s'apparente pas à un procès verbal d'informateur ou d'espion qui ferait à sa hiérachie un compte-rendu exhaustif et intrusif de la vie d'une personnalité aussi éminente soit elle. L'exercice de notre liberté est bien différente de celle de la police secrète. Elle est justement de trier, de hiérarchiser l'info, de la mettre en perspective, de choisir, de choisir, de choisir. "Ce SMS privé dit bien quel homme public il est", tentent de légitimer d'autres. Mais les postures publiques de Nicolas Sarkozy ne suffisent-elle pas à éclairer quel président il est ? Franchement, il n'en manque pas de postures éclairantes. "La transparence est la vertu cardinale de nos sociétés modernes" avancent les derniers pour justifier de faire les poubelles des téléphones portables. Ceux là devraient relire toute la littérature sur l'utopie et l'anti utopie, où les cités de verre construites pour annihiler toute intimité et permettre au regard inquisiteur de chacun de se porter sur tous, deviennent les pires des cités aliénantes voire totalitaires. Alors, coup de force de Nicolas Sarkozy contre la presse que cette attaque au pénal contre ce SMS intime ? Peut-être. Mais si on le prenait surtout comme une occasion salutaire de nous interroger sur nos propres pratiques journalistiques, ça ne pourrait pas nous faire de mal.

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