Aujourd’hui, nouvelle journée de grève dans le primaire : la réforme des rythmes scolaires ne passe décidément pas !

Non, et on peut se demander comment on en est arrivé là… Tous les ingrédients de la réforme tranquille étaient pourtant réunis, en apparence du moins ! Les enseignants c’est le cœur de l’électorat de François Hollande. Il s’agit d’une réforme annoncée de longue date, largement discutée. Une composante du programme du Président et de son thème phare : la jeunesse. L’objet de la réforme elle-même, consensuelle, est de changer des rythmes scolaires (unique au monde) et que pédagogues, médecins et parents jugent néfaste pour les enfants. Cette réorganisation de la journée doit s’effectuer avec l’appui des municipalités qui sont très majoritairement socialistes. Bref, le tableau idéal, du velours pour Vincent Peillon. Et puis, que découvre-t-on ? Des blocages d’envergure. Il y a eu d’abord la grève parisienne, particulièrement suivie mais incomprise… pas tant des parents d’ailleurs, qui semblent observer tout ça avec un certain fatalisme, ne sachant s’il faut l’imputer au conservatisme des profs ou à l’amateurisme du gouvernement. Mal comprise de la presse et des commentateurs qui font, du moins le croient-ils, une analyse rationnelle de la situation politique et des rapports de forces : un édito du Monde au vitriol, des commentaires circonspects sur les radios et les télés (je me mets dans le lot) et hier Libération qui fait ce titre critique pour les enseignants : « Rythmes scolaires, et les élèves dans tout ça ? ». Il y a une désolidarisation des soutiens médiatiques habituels des profs et ils le vivent mal.

D’où vient ce décalage ?

Les premières manifestations sont venues de l’une des seules villes qui aurait eu les moyens d’appliquer la réforme de façon satisfaisante : Paris. Ce n’était d’ailleurs pas une manif pour demander aux maires d’abord des moyens ou pour appliquer la réforme ou des améliorations, mais plutôt pour exiger que celle-ci soit retirée ! Ça a nourri le soupçon de corporatisme (je sais que ce mot va encore me valoir des dizaines de mails). Et puis, c’est vrai, on avait certainement sous-estimé l’usure d’une profession, la fragilité d’une corporation sur les nerfs. Il ne faut pas noircir le tableau et chacun peut constater que, même si les conditions se dégradent, individuellement la plupart des profs sont heureux de leur travail, du contact avec les enfants et de faire un métier qui reste l’un des plus beaux. Mais collectivement les profs sont à bout. On a déjà beaucoup évoqué le déclassement symbolique de cette profession… même si on peut toujours comparer leur situation à celle des employés ou des cadres de nombreux secteurs du privé ou du public, sous pression et souvent incertains de leur avenir, on va, avec cette réforme, leur demander de travailler plus pour le même salaire. Ils n’osent pas exprimer clairement cette revendication, surtout après avoir accepté de bonne grâce l’incroyable réforme-Darcos-cadeau de 2008 qui, en dépit de tout souci pédagogique, avait instauré la semaine de 4 jours et accentué le mal français en la matière. A cette grosse fatigue des profs, à ce corporatisme qui en découle, s’ajoute un autre épuisement : celui des collectivités locales. Elles sont exsangues et ne savent tout simplement pas avec quel argent mettre en œuvre la réforme. Le tableau idyllique du départ n’était en fait qu’une couche superficielle qui, en s’estompant, dit beaucoup de l’état de la société française.

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