La réforme du bac : les profs mécontents …

Voilà  un lancement de chronique des plus classiques. Vient ensuite  normalement une explication,  non moins classique : le ministre tente de faire évoluer un peu le  mammouth et les syndicats, trainent les pieds, les profs mal payés, en  déclassement constant, s’arque-boutent dans un immobilisme catégoriel.  On pourrait se dire que, comme pour les cheminots,  la réforme du lycée finira par passer à force de grèves impopulaires et  mal suivies. Mais avec cette grogne des profs de lycée, il s’agit de  tout autre chose. Foin de corporatisme, ni leur salaire ni leur carrière  ne sont au 1er plan dans la contestation  naissante. La mise en place de la réforme se fait, à la hâte, pour que le 1er  nouveau BAC intervienne avant la fin du quinquennat, sans que ses  réelles conséquences soient établies. Le calendrier électoral semble  dicter la marche de la réforme.  Le but louable, dans la logique macronienne, de permettre à chacun  d’avoir les moyens de choisir sa vie, de rebondir, semble aux acteurs de  l’éducation impossible à atteindre dans les conditions proposées. Pire,  c’est l’inverse qui est redouté.

Ce sont les syndicats qui le disent ?

Ce  sont surtout de nombreux enseignants des lycées de banlieues ou ruraux  qui n’ont pas l’habitude  de faire grève. Tentons de déceler les fameux signaux faibles qui  révèlent l’étendue du malaise. Des actions inédites, non syndicales, en  marge de la légalité, se développent avec souvent l’assentiment des  parents. Des profs décident de n’inscrire sur Pronote  que des 20/20 ou démissionnent de leur fonction de prof principal. Sur  le fond, le système de choix de spécialités dès la 2nde  risque d’accentuer les inégalités par une tendance à la spécialisation  des lycées, surtout de ceux qui n’auront pas la  taille suffisante (en milieu rural par exemple) pour proposer toutes  les matières aux élèves. Une injustice territoriale de plus. Mais  surtout la réforme, telle qu’elle se profile, ne va-t-elle pas à  l’encontre de l’un des mantras du macronisme : ‘l’émancipation’,  la capacité à casser l’assignation à résidence, locale ou sociale ? Ce  qui le laisse penser vient aussi d’un ressort sensément macronien  oublié : l’intelligence du terrain, l’expertise des acteurs concernés.  Exemple : aujourd’hui les enseignants disposent  d’un volant ‘d’heures d’autonomie d’établissement’. L’équipe  d’un lycée peut décider, avec cette marge, de dédoubler une classe (très  utile pour apprendre les langues), faire un atelier théâtre, participer  au jury d’un prix littéraire lycéen… autant  d’activités, qui, bien ciblées, peuvent permettre à certains élèves  d’avoir une ouverture sur le monde en dépit de leur milieu familial ou  social. Désormais, ces heures seront mécaniquement anéanties par la  nouvelle organisation très serrée des diverses spécialités  à proposer aux élèves. Quand une mesure a du mal à passer parce qu’elle  bouscule de vieilles habitudes corporatistes, le gouvernement peut  tenter de l’imposer. Il a toutes les chances d’avoir la société avec  lui. Quand en revanche, un texte, précipité pour  des raisons de calendrier politique, va contredire jusqu’à l’objectif  profond pour lequel il est proposé, alors la société a peu de chance de  le soutenir. C’est la pente que semble emprunter la réforme des lycées  et du bac.

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