Violence en politique... les 'anti-systèmes' eux-mêmes piégés.

Maire
Maire © Getty / Pascal Deloche / Godong

[Rectificatif de Thomas Legrand le 13/02/2020 : "J'ai dit une bêtise dans cette chronique sur la violence en politique, en racontant que Jean-Luc Mélenchon avait été insulté vertement dans une manifestation contre la réforme des retraites. C'était sur la foi d'images qui en réalité dataient de la manifestation en hommage à Mireille Knoll en 2018, ce qui n'a rien à voir. Toutes mes excuses."]

Rappelons quand même que jusqu’à la grande alternance de 1981, les campagnes étaient autrement plus violentes. Communistes et gaullistes, les deux grandes forces populaires, avaient leurs nervis. Mais la violence était moins spontanée, plus planifiée dans le cadre d’une culture démocratique moins mature, avec des partis de masse organisés quasiment en armées. 

Depuis 1981, la culture de l’alternance et de la démocratie apaisée avait bien progressé. Mais aujourd’hui la presse relate quotidiennement agressions physiques, insultes, dégradations diverses. 

On avait pris l’habitude de dire que le maire est l’élu le plus connecté parce qu’il est à portée d’engueulade. Ça devient problématique quand il est à portée de baffes ! 

Ces derniers mois, avec les gilets jaunes et la contestation de la réforme des retraites on avait constaté une particulière agressivité envers les élus de la majorité. On mettait ça sur le compte d’une radicalisation de l'opposition politique, une polarisation des oppositions ou sur le vide idéologique (et donc l’arrogance) de LREM… Phénomènes qui pouvaient expliquer sans l’excuser, une violence ambiante. 

Le phénomène est d’une toute autre ampleur...

Il accompagne la vague mondiale de populisme. Tous les partis sont agressés. Les plus radicaux ne sont pas épargnés. 

Gautier Weinmann, candidat Insoumis, dans le Pas-de-Calais, a été littéralement roué de coups devant ses enfants et a dû abandonner sa campagne. 

Dans l’anti-système, on trouve toujours pire que soit. Jean-Luc Mélenchon avait théorisé, avec le ‘populisme de gauche’, le fait d’incarner la colère. Durcir le ton, recréer de l’affrontement symbolique, contester les ‘vérités officielles’, c’est, après tout (pensait-il) le rôle des partis que d’endiguer la colère, l’exprimer par le verbe pour l’éviter dans la rue et surtout pour la recycler en proposition. 

Eternel débat sur la radicalité politique : la violence verbale des chefs catalyse-t-elle la violence physique des foules ou la valide-t-elle ? 

Ce qui est sûr, c’est que les actes violents sont toujours précédés par des mots violents

Mais la question ne se pose plus ainsi parce que c’est l’idée même de la représentation politique qui est atteinte. Le discours anti-système a déconsidéré le système… Et comme le système démocratique inclus (par nature) les oppositions, les tenants institutionnels de l’anti-système (ceux qui se présentent aux élections) LFI, le RN … sont aussi dévorés. 

Les réseaux sociaux, qui relativisent l’expertise, rendent les compétences suspectes, nient l’idée de porte-parolat et de délégation, libèrent la parole sans responsabilité, répandent, selon le M.I.T, huit fois plus vite une critique ou une nouvelle angoissante qu’une proposition ou une simple vérité factuelle… 

Les réseaux sociaux sont-ils un symptôme de la crise de la représentation ou l’une des causes ? Un simple vecteur ou une source ? C’est la question, à la fois technologique et philosophique, à laquelle il va falloir répondre si nous voulons continuer à vivre en démocratie.

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