Emmanuel Macron veut réserver un quota de places pour les étudiants d’origine modeste dans les écoles de la haute administration …

 Ecole Nationale d'Administration ENA à Strasbourg
Ecole Nationale d'Administration ENA à Strasbourg © Maxppp / Jean-Marc LOOS

Un pas de plus vers la ‘discrimination positive’

Procédé qui suscite toujours beaucoup de critiques pour des raisons qui tiennent à la construction particulière de la France. Une république idéale (qui ne reconnait aucune autre communauté que nationale, composée d’individus libres égaux en droit) ne devrait réserver les admissions aux écoles et concours administratifs qu’aux seuls étudiants méritants.

Le mérite, c’est ce que les révolutionnaires avaient trouvé de mieux pour briser la cooptation sociale de l’ancien régime. Mais cette égalité de principe ne résiste pas à la disparité des conditions. 

La cooptation sociale de fait a trouvé d’autres chemins. Et il faut bien déroger à l’égalité formelle pour tendre vers l’égalité réelle et lutter contre le racisme.

Seulement à chaque fois qu’il est proposé de favoriser une catégorie de la population pour opérer un rattrapage, certains montent sur leurs grands chevaux républicains et s’insurgent. Ce sont souvent les plus conservateurs, ceux qui se contentent des situations inégales, qui réagissent de la sorte.  

Cette pratique vient des Etats Unis… 

Oui et en anglais, on dit ‘affirmative action’. ‘Discrimination positive’, le terme français, ambigu et paradoxal, dit bien l’embarras conceptuel que nous avons à trier, distinguer les populations. 

Aux Etats-Unis (culture communautariste), il s’agit d’instaurer des quotas raciaux, en France (qui ne reconnait pas les races), il s’agit de favoriser des quartiers ou zones rurales en difficulté, des conditions sociales. Voici comment Lyndon Johnson définissait l’affirmative action : ‘On ne peut pas rendre sa liberté à un homme qui, pendant des années, a été entravé, l’amener sur la ligne de départ d’une course et croire qu’on est ainsi parfaitement juste’. Johnson parle bien sûr de l’esclavage… des années d’infériorisation conduisent à une intériorisation de l’inégalité. C’est ce qu’il faut casser.

Quoi d’antirépublicain à cela ?

Trop d’étudiants qui n’ont pas grandi dans les bons quartiers, fréquenté les bons milieux, se persuadent eux-mêmes de leur incapacité à passer les concours. Souvent, ils n’ont pas tort. Pas en raison d’un manque de savoir ou de travail mais parce qu’ils n’ont pas les codes des milieux qui réussissent. Réserver des places, faire des concours spécifiques, est la solution de court terme. Et l’administration bénéficiera aussi d’avoir en son sein une plus grande diversité de Français. 

Mais si la discrimination positive peut réparer une injustice, elle ne combat pas les causes de l’injustice territoriale. Il faudra donc suivre le destin d’un autre texte : la loi SRU qui oblige les communes riches à construire des logements sociaux. La mixité résidentielle ne fait pas tout mais elle provoque la mixité scolaire, le désenclavement culturel. 

La loi SRU (jusqu’ici imparfaitement appliquée, trop détournée par les communes riches) courait jusqu’à 2025. Il est prévu de la relancer. Le nouveau texte devrait être voté avant l’été. Il faut attendre le détail des règles de sa bonne application pour savoir si la politique de lutte contre l’assignation à résidence territoriale et sociale est vraiment combattue en profondeur. 

L'équipe