Polémique autour du retour de Rachida Dati, 5 jours après son accouchement. En fin de semaine dernière, plusieurs confrères ont consacré leur édito à ce thème. Samedi, « Libération » en a fait sa Une et hier, le « Journal Du Dimanche » a même publié un sondage sur la question. En fait, la semaine dernière, je ne voulais pas en parler parce que je n'avais pas d'avis sur la question. En voyant cette photo de Rachida Dati, perchée sur ses talons cinq jours après une césarienne, j'avais simplement un sentiment de malaise, un sentiment qui ne valait pas la peine d'être creusé et certainement pas étalé dans le cadre d'une chronique, parce qu'on n'était plus dans l'analyse politique. Le problème avec Rachida Dati, c'est qu'elle n'est plus que ministre du symbole, du symbole de la diversité et maintenant d'une certaine forme de maternité. Symbole de la femme moderne qui peut avoir un enfant hors d'un cadre familiale classique, symbole de la mère libre de revenir travailler quand elle le veut, ou symbole de la femme sous pression qui se doit de revenir. C'est assez inhumain de lui imposer, comme ça, un poids symbolique permanent, même si elle n'y est pas pour rien, bien sûr. Et puis, j'ai entendu et lu certains de mes confrères dire qu'un ministre, homme ou femme publique, devait faire preuve d'une certaine exemplarité et que Rachida Dati envoyait un signal négatif à la société et à la cause des femmes en agissant ainsi. Alors c'est une opinion que je trouve assez étrange. Evidemment les ministres doivent être exemplaires, mais dans la façon dont ils utilisent l'argent public, dans le respect des promesses, bref dans leur action politique. Mais dans la façon de vivre, d'élever leurs enfants, comment peut-on leur demander d'être exemplaires, selon quel critère ? Et quelle norme ? Et puis de toute façon, que sait-on de la manière dont la ministre organise son temps avec sa fille ? L'aspiration à l'exemplarité des gouvernants est une constante. Montesquieu disait déjà : « Le plus grand mal que fait un ministre n'est pas de ruiner son peuple. Il y en a un autre mille fois plus dangereux : c'est le mauvais exemple qu'il donne. » Mais aujourd'hui, cette façon de réclamer une exemplarité aux ministres peut nous amener très loin. On pourrait être choqué que Rachida Dati ait décidé d'accoucher dans une clinique privée - un ministre de la République n'aurait pas confiance dans l'hôpital public, quel message ! On pourrait reprocher à tel ou tel ministre d'avoir une voiture japonaise, des chaussures anglaises ! Quoi, la chaussure française n'est pas de bonne qualité ? Combien d'hommes politiques ont sacrifié leur vie de famille pour leur carrière ? Personne n'a pensé à le leur reprocher à part leur femme peut-être si l'on en croit le taux de divorce en politique ! Bref, l'idée de l'exemplarité dans le comportement ou les choix de vie me paraît assez effrayante. Laissons donc Rachida Dati faire ce qu'elle veut ou ce qu'elle peut avec son enfant. En revanche, c'est la justice française qui n'est pas exemplaire. C'est l'occasion de rappeler au ministre que la justice qu'un peu d'exemplarité, là, dans son domaine, serait la bienvenue : la situation de nos prisons est scandaleuse et révoltante, la réforme pénitentiaire tarde à venir et d'après le rapport très instructif du sénateur UMP Lecerf, elle est largement insuffisante. L'exemplarité dans ce domaine serait la bienvenue. Elle serait aussi nécessaire à propos du respect du principe de la séparation des pouvoirs avec la très suspecte grâce accordée à Jean-Charles Marchiani (on attend toujours l'opinion de la Garde des Sceaux sur la question). Quid de la réforme du juge d'instruction ? Trop de doutes inquiétants pour les libertés publiques subsistent. L'état des tribunaux, les délais interminables, l'utilisation abusive de la justice d'exception anti terroriste dans l'affaire de Tarnac comme dans d'autres affaires. L'exemplarité de notre justice devrait, à mon sens, capter un peu plus notre capacité d'indignation que la question de l'exemplarité moralisatrice dans le domaine de la durée du congé maternité des ministres.

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