**Ce matin, vous vous penchez sur le Baromètre annuel TNS-Sofres qui évalue l’influence du Front NationalOui, avec une petite remontée des thèmes du Front National qui fait illusion. La crise, la validation de certains thèmes habituels du FN par le discours sarkozien, l’affichage enjoué et moins extrémiste de Marine Le Pen, par rapport à son père et un propos résolument social redore un peu le blason du parti d’extrême droite. Par rapport à l’année dernière, les idées selon lesquelles (pour reprendre les formules choisies par la Sofres) on n’est « plus vraiment chez soi en France » ou « il y a trop d’immigrés »… ces idées progressent, de 1 à 5 points mais restent bien inférieures à ce qu’elles étaient il y a 10 ans. C’est particulièrement frappant sur la question centrale de l’idéologie du Front National : la préférence nationale en matière d’emploi. 45% des Français y étaient favorables en 1991, ils ne sont plus que 19% à être de cet avis en 2010. Sur la préférence nationale, le FN a perdu plus de la moitié de son audience en 20 ans. Il faut dire que Marine Le Pen ne peut plus dire efficacement « 4 millions de chômeurs, 4 millions d’immigrés » comme son père le disait (il s’agissait de 2 millions à l’époque) dans les années 80. Aujourd’hui, chacun sait que ce ne sont pas les immigrés qui prennent les emplois des Français mais que ce sont les emplois eux-même qui émigrent sous forme de délocalisation. Les thèmes sécuritaires en revanche se portent bien. Ce qui est frappant c’est de constater que c’est dans les zones rurales que l’on a le plus peur des cités et de l’insécurité urbaine ! Une évolution spectaculaire tout de même, le rétablissement de la peine de mort : Il n’y a plus que 29% des Français qui y sont favorables. Ils étaient 45% en 2000 ! D’ailleurs Marine Le Pen n’aborde plus cette question spontanément. Pourtant on parle beaucoup d’une « Lepénisation » de la société française.C’est une vue de l’esprit, une facilité intellectuelle. La société française est encore trop raciste, certes, mais elle l’est de moins en moins. Une étude universitaire publiée en 2009 par la Commission Consultative des Droits de l’Homme sur le thème du « racisme à l’heure de la crise » vient compléter très utilement le sondage annuel de la Sofres. La politologue Nonna Meyer qui a dirigé ces travaux constate une hausse record de la tolérance. 61% des Français contre 36% en 2000 sont favorables au droit de vote des étrangers pour les élections locales. Les chercheurs qui ont réalisé cette étude ont mis au point un indice de tolérance qui mesure l’attitude positive envers l’autre, envers les minorités et les étrangers. Cet indice était à 54 en 1990. Il est maintenant à 67. La société française est de plus en plus tolérante et Nonna Meyer note que le renouvèlement des générations joue à plein dans cette évolution positive et rapide. Une évolution qui dépend que très peu des aléas politiques, des discours et de qui est au pouvoir. L’impression, pourtant persistante, que le racisme augmente dans notre société vient aussi du fait que notre tolérance au racisme baisse. Il y a une forme d’illusion d’optique. Nous supportons de moins en moins le racisme et le racisme qui reste nous apparaît comme plus flagrant. Au total, malgré la crise, la société française (qui se métisse lentement) est plus ouverte qu’on le croit, le modèle républicain pourtant malade, intègre mieux qu’on ne le dit généralement, les discours sécuritaires et stigmatisants de l’été dernier de Nicolas Sarkozy ne l’ont d’ailleurs pas rendu plus populaire. Le constat est clair : le FN dilue son extrémisme pour garder son audience. Ça veut simplement dire que, petit à petit, le parti de Jean-Marie le Pen perd, idéologiquement.**

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