Le slogan de François Hollande sera donc : « le changement c’est maintenant » !

Oui et, comment vous dire… en voyant ce slogan, on est balloté entre deux sentiments qui se combattent : l’équipe de François Hollande est-elle à ce point nulle pour oser proposer un slogan aussi plat et basique ? Ou l’équipe de François Hollande est elle, à ce point, géniale pour sortir de ses cerveaux un slogan si pur, si évident, quintessence de la normalité revendiquée par le candidat ? J’avoue que je suis dans l’expectative. De toute façon, si François Hollande gagne, ce ne sera pas grâce à ce slogan mais alors on dira que c’était la trouvaille du siècle, la société de communication qui en est l’auteur verra ses tarifs grimper en flèche et son patron aura sa petite période de gourou de la com’. Si François Hollande perd, tout le monde dira que cette formule était pitoyable. A posteriori, on attribue toujours à un slogan de campagne un pouvoir enchanteur ou maléfique suivant les résultats. Quel génie ce Séguéla, entend-t-on : « la force tranquille » en 81 et «la France Unie» en 88… mais le même génie a aussi produit le « présider autrement » pour le fiasco de Lionel Jospin en 2002. Mon slogan préféré, c’est un ratage complet… c’est le slogan de Valéry Giscard d’Estaing en 1981 : « Il faut un président à la France ». Avec un slogan comme ça, diront les spécialistes dans un bel exercice de post-rationalisation, il ne pouvait que perdre puisqu’il était déjà Président. « Il faut un président à la France », ça veut dire qu’il n’y en a pas, le candidat s’autodétruisait.

Donc on ne saura que le 6 mai si « le changement c’est maintenant » est un bon slogan.

Oui mais d’orès-et-déjà, on peut dire que « le changement c’est maintenant » est à la communication politique ce que « Ariel lave plus blanc » est à la promotion d’une lessive : basique. C’est à la fois sans imagination et juste. Mais est-ce que ça a un sens ? On peut s’amuser à faire le test. Pour savoir si un slogan, une affirmation veut dire quelque chose il faut vérifier si le contraire a du sens. « Blanc » n’existe que parce qu’il y a « noir » et inversement. Donc inversons le slogan. Ça fait : « le statu quo c’est pour plus tard »… A l’évidence c’est impossible, un statuquo ne peut pas, par nature, être différé. Donc, selon mon test, le slogan de François Hollande est totalement vide de sens. Sauf que ce n’est peut-être pas grave du tout ! Un slogan, c’est comme un poème (techniquement je veux dire), ça ne doit pas forcément être cohérent, ça doit évoquer, pas démontrer. Et il se trouve que l’important ici, c’est le « changement ». Il fallait sans doute pour François Hollande préempter le thème du changement. Nicolas Sarkozy qui avait réussi avec la « rupture » pouvait prendre exemple sur la réélection de Felipe Gonzales en 1989 avec ce slogan osé : « le changement dans le changement » (comble de l’absurde) qui rappelle l’oxymore victorieux de Giscard en 74 : « le changement dans la continuité ». Le thème du changement est un thème éternel, en matière d’élection (l’élection, c’est la possibilité de changer) et celui qui arrive le mieux à incarner cette idée prend l’avantage. « Vote for change » disait le premier slogan hyper basique, là aussi, de Barack Obama. On pourrait se dire que François Hollande aurait pu qualifier ce changement pour illustrer ce que serait sa présidence. Eh bien non, le qualificatif aurait pris le dessus sur le « changement ». Mais bon, tout ça n’a finalement qu’une importance assez relative parce qu’après tout, un slogan de campagne doit avoir à peu près autant d’impact sur une victoire ou une défaite électorale que la couleur d’un avion sur sa capacité à voler.

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