Vous revenez sur cette idée de primaire à gauche publiée hier à la Une de Libération .

Une idée qui a germé dans les cerveaux de Yannick Jadot, député européen EEVL, et Daniel Cohn-Bendit. Mais organiser une primaire de toute la gauche paraît totalement irréaliste puisque, potentiellement, elle opposerait des candidats aussi antagonistes que Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. Désormais la gauche de la gauche et le Président sauce Valls-Macron ne font plus partie du même camp. D’ailleurs Jean-Luc Mélenchon refuse de concourir avec François Hollande. Qu’est-ce que la gauche aujourd’hui, à l’heure de la tripartition de la vie politique ? 35% de l’électorat, tout au plus. Et dans ces 35%, comment peut-on imaginer que se dégage une ligne commune issue d’un vote, sur la lutte nécessaire ou non contre les déficits, la politique européenne, la politique environnementale, la réforme du droit du travail…et maintenant, la politique sécuritaire contre le terrorisme ? Mais deux évènements ont quand même précipité l’appel à une primaire : le projet d’extension de la déchéance de nationalité et l’effondrement de Nicolas Sarkozy. D’abord la déchéance de nationalité : que cette idée ait pu germer dans le cerveau de François Hollande a profondément troublé bien des personnalités de gauche qui veulent que ces questions aussi soient re-débattues et clarifiées avant la présidentielle…

2ème élément accélérateur de cette initiative : l’effondrement de Nicolas Sarkozy dans les sondages. Pourquoi ?

Eh bien, parce que plus Alain Juppé a de chance de devenir le candidat de la droite, moins François Hollande en a de passer la barre du 1ertour de la présidentielle. Le profil plus modéré de Juppé, gonflé par l’absence de candidature Bayrou, dans ce cas-là, réduit largement l’espace au centre que, naturellement (menant la politique qu’il mène), Françoisn Hollande pouvait espérer occuper. L’idée de la primaire est un signe de défiance très sévère qu’une partie de la gauche -qui n’était pas entièrement opposée à François Hollande jusque là- manifeste envers l’exécutif. L’économie avait cassé tout lien entre le pouvoir et le Front de Gauche, la déchéance de nationalité crée une rupture presqu’aussi irréversible pour toute une partie de la gauche (écologistes compris) bien au-delà du FG et des frondeurs. La primaire de toute la gauche est donc irréaliste pour des raisons politiques. Mais elle l’est aussi pour des raisons qui ont trait à nos institutions : la présence du Président parmi les candidats serait une folie. Le président de tous les Français, luttant contre le terrorisme, le chômage, aux prises avec l’actualité internationale, qui ferait campagne dans le cadre de la sélection du candidat d’un camp politique, ce ne serait pas acceptable pour toute une partie de la population. Imaginons qu’il perde la primaire. Quelle autorité aurait-il pendant les derniers mois de sa présidence ? C’est impossible, et dire le contraire c’est méconnaître nos institutions… ou signifier poliment au Président qu’il n’est plus désiré à gauche. Exactement comme la droite est en train de le signifier à Nicolas Sarkozy. Visiblement, à notre époque, on ne refait plus les matchs. En réalité, cette idée de primaire ressemble plus à un message politique un peu désespéré qu’à un projet réalisable.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.