Stanislas Dehaene, le nouveau directeur du Conseil scientifique de l'éducation nationale, spécialiste des neurosciences était l'invité hier de France Inter qui a inspiré Thomas Legrand pour son édito …

En l’écoutant on se disait que l’on était devant un exemple de macronisme abouti. On en est encore à tenter de définir le macronisme, cet objet politique arrivé au pouvoir, un peu par défaut et avant d’être totalement mature. Il est parfois limpide cet objet : en économie par exemple, c’est une tentative de faire entrer la France dans une mobilité qui passe par une forme de dérégulation tempérée. On l’approuve ou pas mais on voit le chemin et on comprend l’objectif. C’est moins clair, plus contradictoire sur la question de l’immigration, par exemple. Sur le plan purement politique, on arrive à déterminer l’espace que le président veut occuper : assis royalement sur un large périmètre central, laissé vacant par les survivants de droite et de gauche, repoussés loin sur les bordures. 

Donc, en quoi le domaine de l’éducation serait-il celui du macronisme chimiquement pur ?

 Et bien parce que c’est le sujet pour lequel le président, via son ministre de l’Education, arrive à réunir ce qu’il y a de plus convainquant à droite et à gauche pour faire avancer les choses, à un moment où le débat droite/gauche, ancien/moderne, pédagogiste/autoritaire ne produisait que du blocage, de l’acrimonie et des frustrations. Il faudra un jour que se recréent des clivages, des écoles de pensées sur le sujet, c’est bien naturel et utile pour le débat mais là, il fallait passer par un moment «déclanisation» du monde de l’éducation. Et Jean-Michel Blanquer, comme son nouveau directeur du Conseil scientifique, y arrive de façon très habile. Bon, sur certains sujets, comme les rythmes scolaires, Blanquer fait un peu de politique à l’ancienne en cédant aux parents, aux élus et à certains profs, contre l’intérêt des enfants, mais pour le reste, il a quand même réussi à faire l’admiration de la droite conservatrice, vous savez tous ceux qui déplorent qu’à l’école il n’y ait plus l’autorité verticale du maître, que l’esprit de 68 ait perverti le goût de l‘effort, qui s’alarment de la dégringolade de nos établissements dans les classements internationaux dus, selon eux, à une dérive pédagogiste. Et bien Blanquer réussit à amadouer jusqu’au Figaro par quelques mots bien sentis sur l’évident besoin de respect, la nécessité de se concentrer sur les apprentissages de base, lecture, calcul, sur un vague « pourquoi pas » à propos de l’uniforme à l’école. C’est une performance politique… parce qu’au fond, qu’est-ce que proposent les neurosciences qui doivent remplacer l’idéologie, selon le ministre ? Et bien, la poursuite et même l’amplification de l’esprit de 68, l’esprit Montessori généralisé, l’épanouissement plutôt que l’autorité à l’ancienne, le travail en groupe plutôt que les classements compétitifs, l’attention personnalisée plutôt que la verticalité indifférenciée, le plaisir, l’apprentissage par le jeu plutôt que le culte de l’effort et de l’aridité des savoirs. Blanquer est un conservateur dans la forme, innovant dans le fond ou alors un progressiste au style classique. Le roi du « en même temps » qui marche. Il mériterait le titre de maître étalon du macronisme. Le président serait bien inspiré de trouver un Blanquer pour – au hasard - le ministère de l’Intérieur. 

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