C'est une question qui travaille les politiques et les constitutionnalistes depuis que la Cinquième République existe : le Président n'est-il pas le vrai Premier ministre ? Emmanuel Macron vient de remettre une pièce dans la machine infernale de Matignon !

Dans toute entreprise – et dans le logiciel macronien, gouverner c'est aussi "manager" –, il arrive que les fusions provoquent des doublons. En général, les doublons, on les supprime. Vous voyez où je veux en venir : le couple Président-Premier ministre, cette dyarchie exécutive, ne va plus de soi depuis les années 2000. On ne compte plus les essais politiques sur le sujet.

Le quinquennat et l'élection, dans un même laps de temps, du Président puis des députés, ont rendu quasiment impossibles les cohabitations et donc l’émergence d’un Premier ministre fort. L’air de rien, la proposition, faite à Versailles par Emmanuel Macron, lundi, pousse un peu plus, vers la sortie, cette fonction de Premier ministre.

Car l’an prochain, il y aurait donc une nouveauté dans la Constitution, qui permettrait au Président, lors de son adresse au Congrès, de rester pour écouter et répondre à l’opposition. Mais alors, à part pour faire le perroquet ou le ventriloque d’Emmanuel Macron à l’Assemblée ou au Sénat, à quoi servirait Edouard Philippe ? 

On le voit et on l’entend beaucoup, on n’a pas l’impression qu’il occupe un emploi fictif !

Oui, c’est l’adjoint, à qui Emmanuel Macron délègue ce qu’il n’a pas le temps de faire. A lui la conférence des territoires ce matin, d’ailleurs largement boycottée. A lui la comptabilité budgétaire. A lui de préparer le terrain à la droite macron-compatible en vue des municipales. D’ailleurs, pour la première fois depuis Raymond Barre, vous avez un Premier ministre qui n’est pas réellement le chef de sa majorité, et qui n’a pas sa carte à La République en marche.

Oui, il y a une "fiction" du Premier ministre, pour citer le journaliste Jean-François Revel, qui publiait en 1992 L’Absolutisme inefficace. Michel Rocard – et Edouard Philippe le sait très bien pour avoir été jeune rocardien – disait : "Le Premier ministre n’est rien." 

Le Président, en France, a le pouvoir mais sans les responsabilités, sauf quand il se représente devant les électeurs. Le Premier ministre, lui, a les responsabilités (devant les députés) mais pas le pouvoir, qui découle entièrement du Président. Etrange alchimie qui fait dire à beaucoup d’hommes et femmes politiques – Claude Bartolone, NKM ou Jack Lang ont longuement écrit à ce sujet –, qu’il serait temps, une bonne fois pour toutes, de trancher dans le vif, et de passer à un régime pleinement présidentiel.

Officiellement, la proposition d’Emmanuel Macron de pouvoir désormais dialoguer à Versailles, n’a pas vexé Edouard Philippe, mais elle rend la position du Premier ministre de plus en plus inconfortable. A quoi bon passer par lui si le pouvoir, in fine, est ailleurs ? La réforme institutionnelle ne changera rien au statut du Premier ministre, et de ce point de vue, le Président ne tire pas toutes les conséquences de son "hyperprésidence". Un peu comme Nicolas Sarkozy, qui, en son temps, s’était opposé à la suppression du Premier ministre, parce que, disait-il, "il est important d’être secondé". Un second qui ne sait jamais quand il sera remercié, au sens propre… comme au sens figuré. 

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