Hier, suite à des révélations parues dans "Le Canard enchaîné", le porte parole du gouvernement a détaillé le budget de l'Elysée, budget en hausse en 2007. Un détail qui a réservé quelques surprises. Luc Chatel fort modestement, a tout simplement inventé hier un nouvel indice d'efficacité économique qui pourrait bien servir de base à un nouveau calcul de rémunération présidentielle ! Car comment croyez-vous que l'Elysée explique la hausse de 8,4 % du budget de l'Elysée l'année où Nicolas Sarkozy entre en fonction, alors que le discours officiel serine que "les caisses sont vides" ? D'abord en accusant le précédent locataire de n'avoir point laissé les appartements en l'état. Ce n'est pas une métaphore. La réfection et l'aménagement du palais ont coûté la bagatelle d'un demi million d'euros ! Ensuite, en expliquant que si Nicolas Sarkozy dépense plus, c'est parce qu'il travaille plus. 8 % de dépenses supplémentaires, oui, mais 300% d'activités en plus ! Avec des détails sur l'augmentation faramineuse de la durée de travail présidentielle : des déplacements en province multipliés par 3, 448 000 km supplémentaires parcourus en 2007, et des visites à l'étranger doublées. Là déjà, on se dit que 8 % contre 300, c'est vrai, finalement, c'est pas cher payé. Mais Luc Chatel dégaine alors son argument massue : "Il y a aussi des résultats, dit-il, sur ces déplacements à l'étranger : 50 milliards d'euros de contrats collectés grâce aux déplacements du président de la République". Voilà ce qui est nouveau, un président qui rapporte de l'argent ne saurait être comptable de celui qu'il coûte ! Il suffisait d'y penser. Alors, dans les 4 pages des Annexes du projet de loi de règlement des comptes 2007 consacrées à la présidence de la République, ce nouvel indice d'efficacité présidentiel n'apparait pas encore en données brutes, comme - 43 % sur le vin, - 40 % sur les cadeaux diplomatiques ou - 5 % pour la garden party du 14 juillet, mais c'est une idée à creuser. Après tout, bien des représentants de commerce sont payés à la commission, un pourcentage sur les ventes réalisés, et bien pourquoi le président et ses collabateurs n'auraient-ils pas un budget indexé sur ce qu'ils rapportent aux caisses de l'Etat ? Sans tomber dans la critique facile de ceux qui pourraient estimer que cela ne renforce guère la fonction présidentielle, il reste quelques détails techniques à régler : Quand crédite-t-on à Nicolas Sarkozy la signature d'un contrat avec une entreprise lorsqu'il est en visite à l'étranger ? A chaque fois, ou juste quand sa contribution est décisive ? Si ses objectifs ne sont pas atteints, rappelez-vous la douloureuse expérience de la réconciliation spectaculaire avec la Libye qui aurait dû nous rapporter une dizaine de milliards d'euros de contrats, volatilisés en quelques centaines de millions. Le président, dans ce cas là, est-il comptable et coupable de ces échecs ? On lui diminue sa prime alors ?! En revanche, on pourrait admettre que, s'il parvient à vendre le rafale, fleuron de la technologie militaire mais invendable, là franchement, ça vaut un bonus ! Cessons-là ces discussions de marchands de tapis. D'autant que toujours à l'affût d'efficacité présidentielle accrue, l'Elysée a également confirmé hier que la flotte aérienne de l'exécutif, soit 8 avions vieillissant paraît-il, allait être renouvelée. Avec notamment l'achat et l'aménagement d'un nouvel airbus présidentiel capable de couvrir de longues distances sans escale, baptisé par avance Air Force One. Neuf, l'A330 coûte environ 180 millions d'euros. Une bagatelle si l'on prend en compte le NIE, nouvel indice d'efficacité de Nicolas Sarkozy. Pas de doute, ce sont en fait des économies que l'Elysée s'apprête à faire. Décidement, "Pecunia non olet", l'argent n'a pas d'odeur, sauf parfois peut-être, celle de l'arnaque de la communication politique.

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