L’UMP a donc choisi le « ni-ni », en cas de duel gauche/FN…

Oui, pour éviter un piège électoral, l’UMP fonce, tête baissée dans un piège politique. Il faut dire que l’équation était assez compliquée à partir du moment où les stratèges de l’UMP ont décidé d’être stratèges plutôt que d’agir en fonction de principes simples et clairs. Les principes simples et clairs, pour l’UMP, grand mouvement conservateur, issu d’une alliance entre les gaullistes, les démocrates chrétiens, les libéraux, des radicaux et des centristes, ces principes auraient dû les amener, naturellement à appeler à voter pour les candidats de la gauche qui se trouvent face à un candidat du Front National. Cette attitude éminemment morale, intellectuellement honnête était défendue par une poignée de responsables de l’UMP. Mais cette attitude aurait été moins glorieuse qu’il n’y paraît. Parce que c’est une attitude d’appareil. La base, et la grande majorité des électeurs de l’UMP, ne l’aurait pas comprise. Au contraire, ils l’auraient réprouvée. Dès lors, on peut comprendre et même admettre l’embarras des dirigeants de l’UMP qui, sous prétexte de respecter un principe, même fondateur, aurait détruit leur mouvement, l’auraient sabordé.

Donc vous comprenez le ni-ni de l’UMP !

Inversons la logique : l’UMP aurait pu suivre sa base et décider de soutenir les candidats du FN en position de battre la gauche. Après tout, c’est ce que réclament 66% des électeurs de droite ! Cette attitude aurait également été suicidaire sans être glorieuse pour le coup. Alors on peut comprendre que le ni-ni soit une position transitoire… On peut l’admettre même si l’argument politique trouvé pour le justifier, le parallèle entre le FN et le Front de Gauche est une ineptie politique. Le désistement PS/Front de gauche n’est en rien comparable à ce que serait un désistement UMP/FN. Le PS et le Front de gauche ont des buts politiques voisins, des visions de la société cousines, des références historiques communes. Ils diffèrent largement en revanche sur les questions économiques et budgétaires. Et ce sont essentiellement ces considérations, loin des valeurs, qui les empêchent de gouverner ensemble. Bref la question politique que devrait se poser l’UMP maintenant est la suivante : comment se fait-il que ses électeurs soient à ce point favorables à une alliance FN/UMP ? Comment en sont-ils arrivés à cette idée mortifère pour la droite parlementaire ? Et là, il faut revenir sur le quinquennat passé, sur la laïcité positive, sur le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, sur le discours de Grenoble, sur la stratégie de droitisation de ces derniers mois, sur le clip de campagne de l’entre-deux tours, bref, sur un formidable brouillage sémantique et une légèreté inédite à droite dans le maniement de certains concepts. L’opération de dédiabolisation d’une Marine Le Pen avenante a achevé de briser les frontières auprès de l’électorat UMP bien préparé par un Nicolas Sarkozy à l’écoute de son droitier conseiller Buisson. On peut dès lors admettre que (aussi piteuse soit-elle) la stratégie du ni-ni soit inéluctable, indispensable à la survie de l’UMP! Encore faut-il qu’elle précède un vrai travail idéologique de la part de la droite parlementaire pour se sortir de ce piège en retrouvant ses vraies valeurs, conservatrices certes, mais humanistes, européennes, libérales et laïques.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.