Vous revenez ce matin sur l’hommage que François Hollande a rendu hier à Pierre Mauroy, le réformiste.

Oui, au-delà de l’éloge funèbre réussi à une figure attachante du socialisme du XXème siècle, François Hollande est allé chercher dans l’œuvre politique du premier Premier ministre d’un gouvernement d’union de la gauche depuis 1947, ce qui définit le mot « réformisme ». Un genre qu’il entend incarner aujourd’hui : « savoir faire face aux impatiences et aux colères », ou encore « servir l’intérêt supérieur de l’Etat et garder son idéal »… Ces phrases qui évoquent le tournant de la rigueur, fin 1982 et 1983, ont une résonnance particulière évidemment en 2013. C’est ce Mauroy là, celui qui assume le, je cite : « sérieux économique », que François Hollande choisit de glorifier. On comprend bien le but de l’opération. C’est de bonne guerre mais les temps ne sont plus les mêmes et les mots, comme bien souvent en politique, ont changé d’idée et de propriétaire. François Hollande invoque le réformisme de Pierre Mauroy. Comment changer la vie, comment atteindre les buts de la gauche ? Les deux voies possibles, la réforme ou la révolution, sont des objets de controverse depuis que la gauche existe. Au fil de l’histoire ce sont les réformistes qui ont gagné et au congrès de Metz en 1979, Pierre Mauroy en avait été l’un des porte-parole les plus éloquents.

Seulement aujourd’hui le mot « réforme » ne signifie plus la même chose que dans les années 80…

Non et c’est certainement la grande victoire idéologique de la droite. Avant, quand une personnalité de gauche affirmait que la France devait accomplir « des réformes » cela ne s’entendait que dans le sens de progrès social. Le réformisme de Pierre Mauroy c’était la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, les lois Auroux sur les droits du travail. « Réforme » voulait forcément dire « progrès »… d’ailleurs la rigueur de 1983 était présentée comme la pose, puis la fin des réformes. Aujourd’hui, quand vous entendez dans la bouche d’un membre du gouvernement cette phrase : « la France doit se réformer » cela veut dire que la France doit faire des efforts, s’adapter, c’est à dire renoncer à certains droits. D’ailleurs, les réformes dont peut se prévaloir François Hollande sont peut-être utiles mais ce sont des assouplissements du droit du travail, la recherche de la compétitivité, bientôt l’allongement de la durée des cotisations pour les retraites. Il y a donc une forme d’entourloupe sémantique (pas forcément volontaire d’ailleurs) quand François Hollande revendique le réformisme façon Mauroy. Sauf dans le domaine sociétal où la gauche reste réformiste au sens progrès du droit. Réformer en 1981 et réformer en 2013, c’est tout simplement le contraire. Comme pour le terme inverse de « conservatisme social » d’ailleurs. Dans les années 80 quand on disait de quelqu’un qu’il était conservateur en matière sociale ça désignait un patron opposé à l’accroissement du droit des travailleurs. Aujourd’hui, quand on évoque le « conservatisme social », on pense plutôt à l’employé du secteur public qui défend ses droits acquis… « Se défaire de l’illusion des mots pour passer à la vérité des actes » disait François Hollande hier en évoquant le réformisme de Pierre Mauroy… Justement, à propos de « l’illusion des mots » pour bien déchiffrer les discours politiques, il faut prendre garde aux anachronismes du langage politique… Parce qu’en politique il n’y a pas que les hommes et les circonstances qui changent… les mots aussi retournent leur veste.

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