Les députés ont repris l’argument des sénateurs qui estiment que la loi Evin comportait des zones floues qui empêchaient la presse de faire certains articles sur l’industrie viticole, fleuron de notre savoir-faire et notamment sur cette activité en plein essors : l’eonotourisme. Et c’est vrai que la loi Evin n’a pas permis au juge d’établir une jurisprudence très claire sur la question. Il y a eu quelques contentieux (assez peu en fait) sur des articles qui ressemblaient un peu trop à des opérations de communication. La loi proscrit ce que l’on appelle le publi-reportage, c’est-à-dire ces pseudos reportages qui sont en réalité des pages payées par les alcooliers pour venter leurs activités. Au vu des multiples suppléments et pages spéciales vins, des classements de grands crus qui paraissent régulièrement dans les journaux (à peu près au même rythme que les dossiers sur le salaire des cadres, les francs-maçons ou le prix de l’immobilier), il est difficile de soutenir que la liberté de la presse est entravée dans le domaine de la couverture de l’activité viticole. Tapez oenotourisme sur Internet et vous trouverez plein d’articles sur ce nouveau loisir. La liberté de la presse, c’est sacré, je vais prendre un risque en faisant mon métier devant vous. J’y suis prêt ! J’ose le dire : « l’oenotoursime : une bonne idée pour vos vacances ». Si après cette affirmation, je suis poursuivi, je ne manquerai pas de vous le faire savoir, ou si pour me remercier (c’est un autre de risque de notre métier), l’oenotourisme m’offre un voyage dans le bordelais, je vous le dirai aussi.

Bref, selon vous, les députés ont surtout voulu créer une brèche dans l’interdiction de la publicité…

Ça y ressemble effectivement et c’est la manifestation d’une forme de lobbysme. Dans ce cas, les parlementaires qui ont voulu modifier la loi Evin sont des deux bords… et, une fois n’est pas coutume, ils sont du même avis. Ils ont simplement en commun d’être, pour la plupart, de régions viticoles. Alors cet amendement pourra être supprimé en séance plénière la semaine prochaine. Le gouvernement devrait le demander à sa majorité afin que le fragile équilibre de la loi Evin soit respecté. Les ministres de l’Agriculture et de la Santé sont confiants, mais pour cela il faudrait une parole claire et forte de F.Hollande en guise d’arbitrage. Le problème pour le président (le calendrier est parfois taquin), c’est qu’il devra prononcer cette parole ce week-end à Bordeaux où il se trouvera pour Vinexpo ! Quant aux parlementaires, s’ils veulent vraiment œuvrer pour la liberté de la presse dans le domaine économique (et pas seulement œnologique), ils peuvent se pencher sur la directive dite « secret des affaires » bientôt discutée au Parlement et qui, sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, risque d’entraver gravement la capacité d’investigation de la presse sur les grands groupes. Mais c’est une autre histoire.

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