L’Italie refuse l’Aquarius, la France ne dit rien, l’Espagne propose de l’accueillir.

 Une photo prise dans la zone de recherche et de sauvetage de la Méditerranée le 9 juin 2018 et publiée le 11 juin 2018 par l'ONG SOS Mediterranee montre que des migrants ont été secourus avant d'embarquer sur le navire de l'ONG française Aquarius.
Une photo prise dans la zone de recherche et de sauvetage de la Méditerranée le 9 juin 2018 et publiée le 11 juin 2018 par l'ONG SOS Mediterranee montre que des migrants ont été secourus avant d'embarquer sur le navire de l'ONG française Aquarius. © AFP / Karpov / SOS MEDITERRANEE

Notre gouvernement, plus ouvert et plus moderne que les autres, tord le nez quand Matteo Salvini refuse ses côtes aux 600 migrants de l’Aquarius. Pourtant le ministre de l’Intérieur italien fait ce qu’il avait dit ! D’ailleurs, s’il est au pouvoir, c’est aussi parce que nous, nous n’avons pas fait ce que nous avions dit ! Nous (la France, l’Europe) avons laissé l’Italie, seule, avec la Grèce, aux avant-postes d’une vague migratoire trop forte pour un ou deux pays, tout à fait gérable pour un continent organisé.

Le candidat Macron félicite Angela Merkel pour la part généreuse que l’Allemagne a pris dans le drame des migrants. Une fois élu, il n’applique pas la politique qu’Angela Merkel, elle-même d’ailleurs, décide de ne plus suivre. Mais entre-temps, l’Allemagne a pris sa part. L’Italie appelle au secours depuis des années, la règle européenne, adoptée à Dublin en 2013 selon laquelle le pays de premier contrôle d’un migrant doit être celui qui traite sa demande d’asile, s’avère absurde, inapplicable. L’attitude fermée de Salvini, son triomphe matamore hier, paraît détestable...

Mais qu’avons-nous fait ?

Certes, la règle (là où était le bateau) voulait que ce soit l’Italie ou Malte qui prennent soin des naufragés. L’Italie et Malte ne veulent plus respecter cette règle... C’est l’Espagne, moins riche que nous, plus exposée encore aux migrations, qui s’est proposée pour prendre en charge non pas toute la misère du monde, non pas sa part... juste 600 personnes. Mais l’Espagne est trop loin ! Nous, nous sommes un peu comme ces passagers dans le métro qui baissent la tête devant une agression.

Pourtant il y a cette formule mainte fois répétée par le gouvernement : "Avec fermeté et humanité"

Oui, la fermeté se comprend…  Il s’agit de reconduire chez eux (quand c’est possible) les migrants qui n’ont pas vocation à rester. L’Etat et les grandes villes sont devant des défis très complexes et il serait irresponsable de les accabler pour toutes les misères que subissent les migrants... mais si le mot "humanité" veut dire quelque chose dans la bouche d’un dirigeant français, sauver les 600 de l’Aquarius devrait entrer à coup sûr dans cette définition ! Puisqu’Emmanuel Macron dit que Michel Rocard est l’un de ses inspirateurs… 

On parle souvent de la phrase de Rocard devant la Cimade en 1989... On tronque ces deux parties... la vraie phrase, est la suivante : "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour qu’elle traite décemment la part qu’elle ne peut pas ne pas prendre." La part que l’on ne peut pas ne pas prendre c’est au moins celle qui est en train de se noyer ! Ça ne préjuge pas de la politique que l’on mène vis-à-vis d’elle dans un second temps... ça n’exclut pas la fermeté !

En France, parmi les responsables en fonction, seul (enfin !) Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée corse, ouvre une porte par un tweet hier soir par lequel il dit qu’il serait naturel qu’un port corse accueille l’Aquarius ! Paris devrait vite clarifier sa position…  L’été s’annonce meurtrier pour les migrants en Méditerranée mais aussi assassin pour la réputation humaniste de la France.

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